PHOTOGRAPHE

AVEC CLAUDINE GASTIN

Mai 2019 | Musique et montage par Alex Andraos

Rencontre avec Claudine Gastin, photographe. Elle nous explique qu’elle est choyée d’être invitée à immortaliser des moments heureux de la vie des gens, mais que la réalité de son travail s’étend à bien plus que de prendre des photos.

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PHOTOGRAPHE

AVEC CLAUDINE GASTIN

Aimy :

Bonjour et bienvenue aux Portraits professionnels, le balado où l’on tente de clarifier différentes professions du marché du travail. Aujourd’hui, on rencontre Claudine Gastin, photographe. Elle nous explique qu’elle est choyée d’être invitée à immortaliser des moments heureux de la vie des gens, mais que la réalité de son travail s’étend à bien plus que de prendre des photos. Claudine Gastin, bonjour.

Claudine :

Bonjour, Aimy.

Aimy :

Tu vas bien?

Claudine :

Très, très bien.

Aimy :

Alors, on se rencontre aujourd’hui pour parler de ton beau métier. Veux-tu nous dire ce que tu fais?

Claudine :

Oui. Je suis photographe. Principalement, je photographie des gens, je fais beaucoup de familles, de maternité, de nouveaux-nés. Mais, je fais également des événements comme les mariages, baptêmes.

Aimy :

Ça fait combien de temps que tu fais ça?

Claudine :

Ça fait sept ans, maintenant.

Aimy :

Sept ans que tu fais ça. À ton compte?

Claudine :

Oui, à mon compte, depuis le début.

Aimy :

Quand tu rencontres quelqu’un pour la première fois, puis qu’il dit : bonjour Claudine, qu’est-ce que tu fais dans la vie? Et que tu lui réponds que tu es photographe, quelle image est-ce que les gens ont de ton quotidien?

Claudine :

Si je n’ai pas spécifié, je crois que les gens… Il y a deux types, je crois, de photographes. Tu demanderais à deux personnes différentes, peut-être qu’elles te répondraient quelque chose de différent. Je pense qu’il y a des gens qui voient les photographes qui travaillent avec les mannequins, studio photo, gros set up d’éclairage. Puis, il y a ceux qui ont l’habitude eux-mêmes d’aller se faire photographier, donc ils voient peut-être le photographe dans son studio dans le centre d’achat ou encore là, le photographe dans son studio dans le sous-sol. Être photographe, c’est tellement large. Ta réalité et ton métier dépendent beaucoup de quel type de photographie que tu fais.

Aimy :

Parfois, les gens vont avoir une vision très glamour, fashion. Tu es sur le runway et tu vas voir des gens très connus et d’autres personnes qui ont été chez un photographe dernièrement faire prendre leur portrait et là, ils ont cette vision-là.

Claudine :

Oui, il y a beaucoup de gens qui ont la vision du photographe aussi, de sous-sol, que tout le monde peut faire, du mon oncle photographe parce qu’ils en ont vu tellement dans un mariage ou un autre événement, que…

Aimy :

… qu’ils peuvent avoir une image, déjà, en tête.

Claudine :

Oui, tout à fait.

Aimy :

Tu me disais que tu es à ton compte depuis le début. Est-ce que tu voudrais nous raconter un peu ton parcours? Qu’est-ce qui t’a amenée à devenir photographe?

Claudine :

Ce n’est vraiment pas quelque chose que j’avais imaginé lorsque j’étais plus jeune. J’essayais plein de choses, autant en milieu de travail qu’à l’école. Puis, un jour, je suis partie avec mon copain en voyage. On est partis quatre mois, on a fait un road trip Canada-États-Unis. Avant de partir, on s’est dit : ça vaudrait la peine de s’acheter une bonne caméra. On s’est acheté une caméra semi-pro et pendant quatre mois, on a appris à l’utiliser, on a pris plein de photos.

Aimy :

Vous avez appris, un peu, essai-erreur, sur le tas.

Claudine :

Essai-erreur, on a aussi découvert un certain intérêt. Je ne le savais pas. Je n’avais pas pris beaucoup de photos dans ma vie. On a appris sur la photo et on a appris sur notre certain intérêt pour ça. On est revenus ici, puis c’est beaucoup en montrant nos images aux gens, les gens disaient : vous avez un œil! Puis, les deux, on a la fibre entrepreneuriale. On avait toujours voulu se lancer en affaires ensemble. On a fait 1+1 et on a regardé les programmes qui se donnent. On était un peu plus âgés que la majorité des gens, disons, qui entament un programme d’études. Donc, on ne voulait pas quelque chose de trop long. On a vu qu’il y avait un DEP qui se faisait. C’était un dix-huit mois, à temps plein puis on a décidé de se lancer là-dedans.

Aimy :

Vous vous êtes inscrits au DEP, été chercher la formation, puis là, tout de suite lancer la firme?

Claudine :

Oui, puis même, je dirais, pendant. On a commencé déjà à se trouver notre nom de compagnie, faire nos cartes d’affaires, commencé à prendre de petits contrats avec des amis, des cousins, des cousines et plus ça allait, plus c’était éloigné. Mais on a vraiment commencé… C’est drôle, parce que vers la fin, même quand on se faisait donner un travail par le professeur, nous, on le transformait en contrat. On joignait les deux parce que ça avait commencé vite à débouler et on avait des contacts.

Aimy :

Ça vous permettait de vous faire la main, mais, en même temps, de commencer à construire le nom de l’entreprise.

Claudine :

Exactement. Commencer à ramasser un peu de sous, aussi, pour le réinvestir. Tranquillement, on commençait à s’acheter de l’équipement. Tous les sous qu’on faisait, au début, on ne le gardait pas pour nous. C’était toujours réinvesti dans la compagnie.

Aimy :

Dans le matériel.

Claudine :

Dans le matériel.

Aimy :

C’est intéressant, ce que tu me dis là. On a souvent cette vision du photographe qui va avoir avoir une caméra, prendre des photos puis gosser ça un peu sur Photoshop et voilà, c’est terminé. Mais, il y a toute une notion de, il y a des choses à s’acheter, il y a du matériel à aller chercher, il faut s’équiper pour faire de la photo au niveau où toi tu le fais. C’est ça?

Claudine :

Oui, tout à fait. Quand on tombe dans le professionnel, il y a le boîtier de la caméra, mais il y a aussi tous les objectifs à mettre dessus. Très rare, un photographe qui travaille seulement avec un objectif. On a tous nos objectifs chouchous, mais il faut une certaine gamme d’objectifs. Donc, déjà, en partant, deux-trois objectifs qui sont importants à avoir dépendamment du style de photographie que tu vas faire. Ensuite, encore là, dépendamment du style de photo que tu vas faire, si les gens doivent venir à toi en studio, tu as besoin d’un certain équipement d’éclairage, de flash et tout ça. Aussi, quand on part une entreprise, il y a toujours un investissement nécessaire pour tout ce qui est marketing, les cartes d’affaires, le site internet. Même si c’est juste une page web, au début, ça demande. Donc, oui, il y a des coûts reliés à ça.

Aimy :

Ça m’amène à te demander un peu, ton quotidien. Tu es la propriétaire de la boîte, avec ton conjoint. Vous avez à faire des photos mais, aussi, à gérer tout ça. Si tu me racontais, mettons, une journée typique, de quoi ça a l’air? Admettons, à quelle heure tu te lèves, qu’est-ce que tu fais, qu’est-ce qui se passe?

Claudine :

Oui. On a une belle liberté, comme entrepreneurs. Mais, en même temps, on a une grosse responsabilité. Les gens pourraient penser, je travaille à mon compte, je peux me lever à neuf-dix heures puis je fais ce que je veux. Ce qui est vrai, je pourrais le faire. Mais, en même temps, c’est ta responsabilité, c’est ta compagnie et si tu ne fais pas le travail, le travail ne se fait pas. Donc, tu as besoin d’une certaine discipline qui est très importante. Je commence mes journées à huit heures le matin. Moi, personnellement, je commence toujours ma journée avec les courriels, les messages vocaux. Ça me prend un bon une à deux heures le matin, pour ça. Ensuite, souvent, ça va être les séances photo dans la journée. De notre côté, ça peut être autant des portraits à faire, portraits corporatifs, en studio ou en milieu de travail. Ou bien, on fait beaucoup de nouveaux-nés aussi. Mais ça, c’est en semaine, parce que la plupart des gens travaillent de jour, la semaine. Ensuite, il y a les week-ends aussi, où il y a beaucoup de mariages, de séances un peu plus familiales avec les enfants. Dans la journée, c’est généralement les séances photo et en soirée, moi, c’est ma période de retouche, sélection photo, de retouche et tout. Je dirais qu’une journée typique va commencer à huit heures le matin et va se finir à vingt-trois heures le soir.

Aimy :

C’est des bonnes journées, quand même.

Claudine :

Oui, c’est des grosses journées.

Aimy :

Si on essaie de décortiquer les différents morceaux. Mettons que tu fais un shooting en studio, de quoi ça a l’air ta préparation? Comment ça se passe, cet épisode-là de ta journée?

Claudine :

Une séance en studio? Je vais arriver au moins une heure avant ma séance. Dépendamment du type de séance, je vais déjà préparer un début de décor. Si c’est un portrait professionnel, par exemple, je vais déjà savoir si le client avait une demande spécifique, une demande spécifique pour le fond, même pour le cadrage plein pied, pour me donner une petite idée et être quand même un peu préparée. C’est sûr qu’on finalise quand même avec le client, ses vêtements, ses goûts et tout. Mais, moi, je prépare quand même ma lumière, le fond. Même si c’est une séance famille, dépendamment de l’âge des enfants, je vais avoir quelques accessoires appropriés déjà de sortis. Bien que la plupart des accessoires soient déjà très visibles dans mon studio, j’aime quand même en préparer une certaine partie et les proposer aux clients, à leur arrivée.

Aimy :

Fait que, tu vas faire comme un set up général, grosso modo, à la lumière de ce que tu sais qui t’attend?

Claudine :

Exactement. Ensuite, je le personnalise un peu plus quand les clients sont là.

Aimy :

Là, le client arrive. De quoi ça a l’air ton travail, à ce moment-là?

Claudine :

Quand le client arrive? Au début, c’est de briser la glace, c’est très important.

Aimy :

Les gens arrivent nerveux?

Claudine :

Nerveux, puis on ne se connaît pas. On s’est peut-être parlé par téléphone, peut-être même pas, on s’est peut-être parlé par courriel. Donc, c’est de briser la glace, faire un peu la conversation. Comment vous nous avez trouvé, vous arrivez d’où? On discute un petit peu, ensuite, de voir les attentes, les demandes du client. C’est important. Est-ce qu’il a déjà fait ça, l’expérience. Ensuite, on regarde si, de leur côté, ils ont des accessoires, ou du mien. Moi, je prépare le décor tandis qu’eux ils se changent ou ils se préparent. Ensuite, on commence la séance photo.

Aimy :

Comment tu fais pour, un peu, calmer la personne? Il y a un contact particulier à la photo, chez les gens. Comment tu décrirais d’abord cette nervosité-là?

Claudine :

Les gens sont, pour la plupart, très nerveux. Ils ne savent plus du tout quoi faire devant un appareil photo, comment se tenir. Ils veulent être pris en charge. Je pense que c’est important. Je pense que, dès les premiers contacts, d’être sympathique, d’être calme, ça les met déjà en confiance. Ensuite, dès les premières minutes de la séance photo qui commence, en les prenant en charge, plus ça va, plus ils sont à l’aise car plus ils se rendent compte qu’ils sont entre bonnes mains, avec un professionnel et ça va, ça coule. On aime aussi beaucoup les séances photo dynamiques, donc les faire plus interagir, les faire rire. Des fois, arrêter, jaser.

Aimy :

Fait que, le monde arrive nerveux de se dire : de quoi je vais avoir l’air. Il y a comme un contact à l’image qui est un peu épeurant. Les gens, des fois, n’aiment pas trop se regarder et là, je m’en viens ici pour ça et ensuite…

Claudine :

Ensuite, je vais devoir voir… Et ils ont peur de voir quelque chose qu’ils ne voudraient pas voir.

Aimy :

Donc, tu les calme en les distrayant, mais beaucoup en les prenant en charge?

Claudine :

La prise en charge.

Aimy :

Voici comment on va procéder, comment on va faire. Je te propose ceci, je te propose cela et la personne va te suivre un peu là-dedans.

Claudine :

Oui. Je pense que c’est le commentaire qu’on a eu le plus souvent, des clients satisfaits qui nous disaient : c’était vraiment génial, j’ai vraiment été pris en charge, vous m’avez bien dirigé. La direction est extrêmement importante dans ce que je fais. Donc, on ne travaille pas, de notre côté, parce qu’il y a des photographes qui travaillent avec des mannequins, qui font ça, qui gagnent leur vie comme ça, mais nous, comme on travaille avec des gens « ordinaires », entre guillemets, qui n’ont pas l’habitude, la direction du modèle est super importante.

Aimy :

Donc, tu calmes la personne, tu fais les photos. Ensuite, qu’est-ce qui se passe?

Claudine :

Ensuite, nous, là encore, on parle pour une séance en studio, ensuite, on laisse le client aller et dans les vingt-quatre à quarante-huit heures qui suivent, je leur envoie la sélection des photos. Donc, moi je fais d’abord un premier tri, évidemment. Je leur envoie seulement des images qui valent la peine, qui sont à leur mieux, évidemment. Puis, eux, à partir de cela, dépendamment du forfait choisi, ils ont un nombre de photos à choisir. Ensuite, ils m’envoient leur sélection puis moi, je fais les retouches sur ces photos-là et je leur livre en version numérique.

Aimy :

Super. Si maintenant, on prenait un truc, un peu plus, un événement où tu es à l’extérieur de ton studio. Il y a un mariage, il y a un baptême, il y a une fête corpo, de quoi ça a l’air, ta job, à ce moment-là?

Claudine :

Je vais parler d’un mariage parce que c’est quelque chose qu’on fait beaucoup, puis c’est très différent, un mariage. Le contact avec les mariés, il se fait un et même deux ans avant la date. On se fait contacter, règle générale, je dirais un an avant le mariage. Les gens commencent à magasiner leur photographe, donc on reçoit un premier contact courriel ou téléphone. Les clients nous posent des questions. Si nos forfaits leur conviennent, on prend un premier rendez-vous. Un premier rendez-vous pour briser la glace, répondre aux questions des clients, leur montrer nos albums, signer le contrat si leur décision est prise, à ce moment-là. Ensuite, plusieurs mois passent et on revoit les clients quelques semaines avant le mariage. Donc, environ, un quatre semaines avant le mariage et à ce moment-là, on se rassoit un trois quarts d’heure, une heure et on discute de tous les détails de la journée parce que nous, on va couvrir différents moments de la journée, en différents lieux et on a besoin de toutes les adresses, on a besoin de l’horaire de la journée, on a besoin des demandes spéciales de photo, autant leurs attentes que des photos de famille précises et tout. Donc, on se rassoit une deuxième fois avec les mariés pour discuter, puis ensuite, viens la journée du mariage, qui est une journée qui dure… Je dirais, la plupart des gens nous prennent pour le douze heures, ça dure au moins huit à douze heures notre couverture photo cette journée-là. On va commencer le matin. Nous, ce qui nous différencie c’est qu’on est un couple de photographes, on est un duo. Donc, généralement, le matin, on va se séparer. Un va aller avec la mariée et l’autre avec le marié, ou la et la mariée ou le et le marié. Puis, on commence déjà à faire des photos à ce moment-là, de leur préparation. Ensuite, des photos de la cérémonie, les photos traditionnelles ensuite du groupe, de la famille, du couple, du cortège, puis souvent aussi, les gens nous gardent pour une grosse partie de la soirée.

Aimy :

Pour le party après.

Claudine :

Pour le party après. Ensuite, on revient à la maison avec ces milliers d’images-là et commence ensuite le vrai travail.

Aimy :

Dès le soir-même?

Claudine :

Non, non, mais ce que je veux dire c’est que même si on a déjà travaillé douze heures cette journée-là, on a déjà eu des rencontres avec le client, on est même allés faire un repérage des lieux du mariage une semaine avant le mariage, pour nous, le gros du travail commence quand même quand on revient avec toutes ces images-là parce qu’il y a un tri qui prend des heures et des heures à faire pour sortir le meilleur de la journée, pour que ça raconte une belle histoire qui coule et que tous les meilleurs moments soient saisis. Mais, sans rendre ça non plus trop lourd et trop redondant. Ensuite, retoucher ces images-là. On parle de quatre, cinq cents images à remettre au client.

Aimy :

C’est donc ça que tu veux dire par la grosse partie du travail.

Claudine :

La grosse partie du travail, oui.

Aimy :

Encore, on a souvent cette image du photographe qui fait clic, puis c’est ça son travail.

Claudine :

Ah non, pas du tout.

Aimy :

Si tu me décrivais l’ampleur de temps que ça peut prendre. Je vais clarifier ma question : le temps que tu prends à vraiment prendre des photos et le temps que tu prends à tout le travail qu’il y a autour, comment ça se divise?

Claudine :

Exemple, pour un mariage, prendre les photos, douze heures. Puis, je dirais, si on ne compte pas les rencontres et le repérage avant, le après, un quarante heures, peut-être?

Aimy :

Ah oui, une semaine à temps plein, sur un mariage.

Claudine :

Tout à fait.

Aimy :

C’est quand même un rythme solide à soutenir.

Claudine :

Oui.

Aimy :

Là, si on regarde un peu le temps autour. On parle de faire du repérage, on parle de faire des rencontres pour briser la glace pour apprendre à connaître les gens, on parle aussi de moments, tu me disais, je pense, un peu avant l’entrevue, c’est mon entreprise, j’ai du marketing à faire, on parlait, au début, du site internet et tout ça. Ton temps, comment il se place dans ces autres morceaux-là de ton travail?

Claudine :

C’est pour ça que, le matin, je prends toujours un deux heures, simplement pour ça. Simplement pour les courriels, les téléphones, idéalement, pour être active sur les réseaux sociaux aussi. Souvent, c’est quelque chose que je vais finir par faire le soir parce que je vais manquer de temps le matin, avant mes séances photo. Mais, je dirais que la gestion d’entreprise prend au moins un quart de mon temps, si ce n’est pas un tiers de mon temps.

Aimy :

Fait qu’on a un quart, un tiers de business, on a quel pourcentage de prise de photos, tu dirais?

Claudine :

Un quart.

Aimy :

Un quart. Puis le reste va sur le retouche et le travail?

Claudine :

Je passe énormément de temps devant mon ordinateur. C’est surtout, surtout du temps passé devant l’ordinateur.

Aimy :

C’est quelque chose qu’il faut savoir, si on s’intéresse à ce domaine-là. Il ne faut pas trouver rébarbatif de travailler à l’ordi.

Claudine :

Tout à fait. Justement, par rapport à ça, on a commencé en couple et on est encore un couple de photographes.

Aimy :

On est encore un couple?

Claudine :

On est encore un couple et on est encore un duo de photographes. Mais, quand on s’est lancés là-dedans, on pensait tous les deux faire les photos et tous les deux faire les retouches, puis mon conjoint s’est rendu compte qu’il n’avait pas cette passion et cette patience-là pour faire les retouches. Donc, tout ce qui est retouche photo, c’est moi qui s’en occupe parce qu’effectivement, c’est vraiment quelque chose à savoir, ça prend beaucoup de patience et il faut être capable de rester plusieurs heures devant un ordinateur.

Aimy :

Il faut une capacité de focus, de concentration.

Claudine :

Il faut aimer cela, aussi. Si, à la base, on n’aime pas ça être devant un ordinateur, la photographie, aujourd’hui, c’est du travail d’ordinateur beaucoup.

Aimy :

On s’est parlé de ce que ça implique de travailler en studio, de travailler à l’extérieur, il doit y avoir des défis qui viennent avec le fait d’être dans des environnements non contrôlés? Je suis dehors, il pleut, il neige, comment tu fais pour t’ajuster à toutes ces situations-là?

Claudine :

Avec l’expérience, peut importe la situation qui arrive devant toi, premièrement, tu risques de l’avoir vécue, donc tu as appris. Maintenant, je vois une pièce, je vois une météo et je sais d’avance ce dont je vais avoir besoin, quels types de paramètres je vais mettre sur mon appareil photo. Ça devient une seconde nature. Tu la vois, la lumière et tu te dis : je serais à 800 iso, 2.2…

Aimy :

Ça se place dans ta tête.

Claudine :

Oui.

Aimy :

Ce que je comprends c’est que, dans les débuts, il faut avoir cette humilité de se dire : ces photos-là, ce ne sont peut-être pas les meilleures que je vais prendre dans ma vie?

Claudine :

Oui et dans les débuts, il faut shooter, il faut se pratiquer. C’est ça le secret, c’est l’expérience. Il faut aller prendre des photos le plus possible, c’est comme ça qu’on apprend. OK, dans cette lumière-là, c’est ça qui fonctionne bien. On peut toujours, à mon avis, tourner une lumière, tourner une situation à son avantage. Il suffit de savoir écrire la lumière. Photographie, c’est ça, c’est écriture de la lumière. Donc, il suffit de prendre la lumière et de la tourner à son avantage, peu importe si c’est trop éclairé ou trop sombre. D’une façon ou d’une autre, l’expérience nous apprend qu’on peut prendre ça et c’est nous qui la manipulons. On décide le nombre qu’on laisse rentrer dans notre appareil et qu’est-ce qu’on en fait.

Aimy :

Même si ce n’est pas le scénario idéal que j’aurais imaginé dans ma tête, il y a quand même quelque chose à faire avec cela quand on sait comment manier nos outils correctement?

Claudine :

Oui. Puis avec un soupçon de créativité, quand même.

Aimy :

C’est un métier qui es très créatif, qui est très esthétique. On parle d’avoir un œil pour la photo, mais en même temps, il y a quelque chose de très technique, hein? Il faut que je sache comment manier cette machine?

Claudine :

Moi, je trouve que la meilleure recette, c’est que, d’abord, on apprend la technique, on la maîtrise comme il faut et ensuite, on peut s’amuser comme on veut parce qu’on a ces connaissances-là. Donc, oui.

Aimy :

Un bagage à avoir en partant?

Claudine :

Un bagage à avoir en partant.

Aimy :

Qu’est-ce que tu dirais qui est ton plus grand défi, rencontré un peu au quotidien?

Claudine :

Moi, personnellement, de toujours se renouveler. Je ne sais pas si tous les photographes le voient comme ça, mais moi, j’essaie de ne pas tomber dans le confortable. Ça fait sept ans qu’on fait ça et même si j’ai une séance studio qui peut paraître très, mon studio c’est comme ça, mes accessoires c’est les mêmes, à chaque fois se renouveler. À chaque fois que quelqu’un franchit cette porte-là, chaque fois que je serre la main d’un nouveau client, pas de me dire : je vais lui faire la même chose que le client hier et que le client de demain. De me renouveler et aussi de m’adapter à eux. Donc, autant moi de pouvoir me dépasser et d’essayer de nouvelles choses et autant de ne pas traiter tout le monde de la même façon parce que tout le monde est différent. Toute famille, tout couple a une dynamique différente puis si je fais bien mon travail, je vais être capable de faire ressortir ça. Mais, c’est un défi faire ça parce que, comme on disait tout à l’heure, les gens arrivent très gênés, très mal à l’aise. Quand tu as cette gêne-là, ce malaise-là, tu ne te livre pas si facilement. Mais pourtant, moi, mon travail, c’est vraiment de capturer votre essence sur image.

Aimy :

Il y a quelque chose, on s’en est parlé, mais il y a quelque chose de vraiment humain dans ce que tu fais?

Claudine :

Je pense que c’est le mot, si quelqu’un me demandait ce qu’il faut le plus, c’est ça, c’est être humain. Il faut absolument avoir cette sensibilité-là, premièrement parce que c’est ce qui t’aide à établir un contact humain, pour rendre l’autre à l’aise, mais c’est aussi la sensibilité dont tu as besoin par la suite pour savoir saisir les bons moments. Ensuite, aussi, les choisir dans ta sélection.

Aimy :

Des fois, on a cette image un peu du photographe qui est habillé tout en noir et qui essaie de passer inaperçu dans les événements, puis tu prends des photos. Il a l’air d’un mime, il prend des photos et ne parle pas. Mais, toute cette notion de sensibilité aussi, ce que tu nommes, il faut que ce soit présent. Ce n’est pas juste, j’aime les choses jolies. J’aime les gens.

Claudine :

Oui, j’aime les gens. Comme tu dis, oui, le photographe a l’air d’un mime et ne parle pas mais, à ce moment-là, on est à la recherche de saisir l’instant, de saisir le bon instant. Pas seulement appuyer sur ton appareil, mais savoir que, pendant le discours, on ne veut pas la personne qui est en train de parler la bouche ouverte, en train de faire son discours. On veut peut-être le moment où est-ce qu’il va prendre sa pause, faire un petit sourire. Je dis, par exemple, c’est un cliché, mais le père de la mariée qui fait son discours et de savoir que ce moment-là, bon, le prendre juste derrière l’épaule de la mariée pour comprendre que le papa, le sourire tendre qu’il fait, il s’adresse à sa fille. D’avoir les deux dans l’image pour comprendre la situation. Puis de savoir, ensuite, quand on va faire la sélection, c’est ça, c’est cette expression-là, cette image-là qui capte le message qu’il envoyait à ce moment-là à sa fille.

Aimy :

C’est un peu, c’est pour ça que je suis ici, pour attraper ces moments-là.

Claudine :

C’est pour ça que je suis ici, tout à fait.

Aimy :

À l’opposé, qu’est-ce que tu dirais qui est le plus valorisant dans ton travail? Qu’est-ce qui est le plus nourrissant dans ce que tu fais?

Claudine :

Je pense, c’est quand on reçoit les commentaires touchants des clients, après. Que ce soit pour une séance en famille ou un mariage, de savoir qu’on a su saisir les plus beaux moments de la vie de quelqu’un. Ils nous écrivent pour nous le dire, nous on sait que ces moments-là vont durer pour toujours. Dans les moments difficiles, ils vont toujours avoir nos images pour leur rappeler les plus beaux moments de leur vie. Ça, c’est ce qu est le plus valorisant pour moi.

Aimy :

C’est comme si vous étiez des créateurs de souvenirs physiques.

Claudine :

Mais toujours les plus beaux, c’est ça qui est magique.

Aimy :

Oui, c’est vrai. On parle de ton métier, je suis curieuse quant à ton parcours. Tu me racontais que tu avais essayé un paquet de trucs. Qu’est-ce que tu dirais que tu as essayé, qui a fini par te mener, de fil en aiguille, à ce que tu fais aujourd’hui? Bon, il y a l’expérience du voyage avec ton conjoint, mais, sinon, qu’est-ce que tu as fait d’autre que tu penses qui t’a menée jusque là?

Claudine :

Je pense que tout ce qu’on fait nous mène où on est. J’essayais beaucoup de choses, mais ça ne durait jamais très longtemps. Chaque chose que j’essayais, j’apprenais sur moi. J’apprenais plus souvent qu’autrement ce que je ne voulais pas, dans la vie. Donc, c’est comme ça que j’ai su que je voulais travailler à mon compte, que je voulais être ma propre patronne et que j’aimais le côté gestion, aussi. Mais, il a fallu que je travaille pour d’autres, que je sois au service d’autres pour apprendre ça sur moi, c’est certain.

Aimy :

C’est sûr qu’en partie, il y a le fait de t’être risquée à chaque fois d’essayer des trucs. Ça, je ne sais pas si c’est exactement pour moi, mais je vais l’essayer et je verrai.

Claudine :

Tout à fait. Pas avoir peur de se lancer et d’essayer, moi, c’est ce qui a fonctionné, après quelques années pour moi.

Aimy :

Qu’est-ce que tu as essayé, par exemple?

Claudine :

J’ai essayé… J’ai étudié en théâtre, j’ai étudié en cinéma et communications, j’ai travaillé comme agent de bord, j’ai travaillé dans les cosmétiques, j’ai travaillé dans les restaurants, je me suis relancée à l’université pour aller faire des cours en droit des affaires, puis en communications. Plusieurs choses.

Aimy :

C’est un paquet de projets que tu as, c’est comme si tu mettais ton orteil dans l’eau à chaque fois. Bon, c’est comment ici?

Claudine :

Oui. Puis ensuite, aussi, je voir souvent un petit dénominateur commun entre tout ça. La relation avec les gens. J’ai appris que je devais absolument être en contact avec d’autres. Je ne voulais pas être isolée dans un bureau seule, j’ai su que ça n’était pas pour moi. Puis, j’ai su aussi que j’avais besoin d’un certain défi professionnel, d’un défi mental. Je ne pouvais pas faire un travail qui était trop machinal. C’est aussi pour ça, je pense, que je me tannais vite et que je passais à autre chose, si je me rendais compte que ce n’est pas quelque chose qui allait m’apporter un assez grand défi. Donc, c’est là que ça m’a amenée à être entrepreneure. C’est un défi constant, à tous les jours et ça ne s’arrêtera jamais.

Aimy :

Quel travail est-ce que tu n’aurais jamais fait?

Claudine :

Je n’aurais probablement jamais travaillé dans les hôpitaux. Je trouve ça, j’ai beaucoup de respect pour les gens qui font ça, mais c’est un environnement qui doit être tellement difficile à vivre au quotidien. Il faut avoir une bonne carapace, aussi, pour voir les gens souffrir, voir l’entourage avoir de la peine. Je trouve que c’est exactement l’opposé de ce que moi, je fais.

Aimy :

Oui, toi tu es là dans les moments heureux.

Claudine :

Moi, je suis là pour un nouveau venu dans la famille, une naissance, un mariage, un baptême, des photos en famille quand tout le monde s’est mis beau et veut immortaliser le plus beau. Les hôpitaux, c’est tout le contraire. C’est la fin de la vie, c’est la maladie.

Aimy :

Fait que, pour toi, il y aurait une lourdeur qui serait difficile à tolérer au quotidien?

Claudine :

Oui, je pense que oui.

Aimy :

À l’opposé, qu’est-ce que tu aurais fait d’autre, tu penses, si tu ne faisais pas ton métier?

Claudine :

Mille choses!

Aimy :

Comme quoi?

Claudine :

J’ai l’impression que j’aurais fait mille choses, mais si je m’arrête pour y penser, ah ça non, ça ne m’intéresserait pas. Mais, j’aurais aimé être journaliste. Parfois, je me dis peut-être que si j’avais poursuivi en théâtre, être comédienne. Des fois, j’aurais aimé être avocate…

Aimy :

J’aurais défendu des gens…

Claudine :

J’aurais défendu des causes, j’aurais défendu des gens, mettre mon côté argumentatif à bon escient. Oui, il y a plein de choses.

Aimy :

Il y a plusieurs idées qui te traverseraient l’esprit. Qu’est-ce que tu penses qu’il faut comme qualités pour être une bonne photographe?

Claudine :

Ça revient un peu à ce que je disais tout à l’heure, mais je pense qu’il faut une certaine sensibilité puis un côté humain assez fort. Ça, c’est primordial. Je dirais que c’est la qualité numéro un. Ensuite, pour être photographe comme moi je le fais, à mon compte, il faut avoir un côté entrepreneur assez fort. C’est un défi, c’est assez difficile, on est beaucoup. Il y en a énormément, des photographes. C’est un métier où n’importe qui peut se proclamer photographe.

Aimy :

Oui, il y a quelque chose de très démocratisé, je vais sortir mon I phone, clic, je vais mettre ça sur Instagram, je suis photographe.

Claudine :

Et il y a beaucoup de gens qui pensent que c’est ça, aussi. Donc, pour se démarquer de cette masse d’un métier qui est aussi accessible, il faut absolument avoir un côté entrepreneur qui est très fort.

Aimy :

C’est sûr que, dans tous les domaines, la technologie avance super vite. Quand on pense, dans ton domaine à toi, technologie ou culture, peu importe, comment tu penses que ton métier va évoluer dans les dix, quinze, vingt prochaines années?

Claudine :

Je ne le sais tellement pas et ça me fait peur parce que, l’avancement ne me fait pas peur, pour moi, personnellement. Mais, est-ce que je vais suivre? Est-ce qu’on va être désuets? Je pense que c’est quelque chose, une réalité à laquelle il faut faire face au quotidien. Juste les nouvelles plateformes, les nouveaux réseaux sociaux, c’est déjà beaucoup à se garder à jour. Ça va vite, ça avance vite. Là, juste les nouvelles technologies qui sortent. Pour être un bon photographe, on n’a pas besoin d’avoir le dernier boîtier de caméra qui est sorti ou d’avoir tous les objectifs. Mais, on parle de si on remonte à il y a trente ans, les photographes fonctionnaient encore en argentique, en chambre noire. Donc, il y a beaucoup de ces photographes-là qui n’ont pas pu suivre le changement en numérique. Ça va être quoi dans vingt ans? Ça va être une nouvelle, peut-être, technologie, est-ce qu’on va avoir l’envie, est-ce qu’on va avoir les capacités d’être à jour? Est-ce qu’on va être en dehors du coup complètement, puis laisser la place aux jeunes?

Aimy :

Fait qu’on pourrait imaginer un paquet de scénarios où est-ce qu’on se dirait : ça va être tout du 3D, ça va être complètement autre chose. Puis, moi, de se dire, est-ce que je vais encore avoir ma place là-dedans?

Claudine :

Exactement. Je ne sais vraiment pas qu’est-ce qui nous attend dans le futur avec la photographie puis ça va être quoi. Mais, je sais, je crois, beaucoup de gens, on se le fait dire souvent, bientôt, plus personne ne va avoir besoin de photographes, il y a les I phone, les photos sont de meilleures en meilleures, puis n’importe qui va pouvoir prendre des photos. Ça, ça ne me fait pas peur parce que je crois, comme on parlait tout à l’heure, les gens vont toujours vouloir s’en remettre à un professionnel pour avoir des belles images. Ça remonte,au début du vingtième siècle, les gens se faisaient déjà leurs portraits de famille. Je ne pense pas que le métier de photographe professionnel va mourir, que ce soit parce que les gens veulent des belles photos en famille ou que ce soit pour des événements comme les mariages. C’est plutôt sous quelle forme. Ça reste à voir.

Aimy :

Pour conclure, je serais curieuse de voir, si tu avais un conseil à donner à quelqu’un qui aimerait faire ça plus tard, qu’est-ce que tu lui proposerais de faire, dès maintenant?

Claudine :

Dès maintenant? De prendre un appareil photo, pas obligé d’être le meilleur appareil photo, simplement un qui se met en mode manuel, quand même, pour apprendre. Puis, de shooter, de prendre des photos le plus possible, dans toutes les situations possibles, que ce soit dans des événements familiaux, juste de… C’est ça le secret, c’est comme ça qu’on devient bon.

Aimy :

Vas-y, sers-toi de tes mains, essaie-toi.

Claudine :

Essaie-toi! Surtout au début, il n’y a pas de pression, essai-erreur. On prend un ami ou une amie, on s’amuse. C’est incroyable le nombre de connaissances qu’on acquiert comme ça. Il y a une limite à ce qu’on peut apprendre dans un livre ou sur un banc d’école. C’est vraiment en se lançant dans l’eau et en faisant le plus de photos possible qu’on apprend.

Aimy :

C’est super intéressant. Merci beaucoup, Claudine.

Claudine :

Merci à toi.

Aimy :

Si les gens veulent avoir plus d’information sur ce que tu fais, où est-ce qu’ils pourraient la retrouver?

Claudine :

Ils pourraient la retrouver sur mon site internet tandemphotographie.ca ou encore ma page Instagram Tandem photographie, ou ma page Facebook.

Aimy :

C’est clair. Donc, on va mettre les liens sur notre site, si jamais les gens sont curieux. Merci.

Claudine :

Merci à toi, Aimy!

Aimy :

Merci à notre invitée et merci à vous d’avoir écouté cet épisode des portraits professionnels. Pour plus de détail sur cette profession, visitez notre site internet au www.saltoconseil.com.