MAQUILLEUSE (CINÉMA)

AVEC TAMMY-LOU PATE

Mai 2019 | Musique et montage par Alex Andraos

Aujourd’hui, on rencontre Tammy-Lou Pate, maquilleuse pour le cinéma. Elle nous parle de son rôle à la fois technique et humain, de la réalité des plateaux de tournage et de l’importance pour une bonne maquilleuse de travailler ses skills de ninja.

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MAQUILLEUSE (CINÉMA)

AVEC TAMMY-LOU PATE

Aimy :

Bonjour et bienvenue aux Portraits professionnels, le balado où l’on tente de clarifier différentes professions du marché du travail. Aujourd’hui, on rencontre Tammy-Lou Pate, maquilleuse pour le cinéma. Elle nous parle de son rôle à la fois technique et humain, de la réalité des plateaux de tournage et de l’importance pour une bonne maquilleuse de travailler ses skills de ninja. Tammy-Lou Pate, bonjour.

Tammy-Lou :

Bonjour Aimy.

Aimy :

Tu vas bien?

Tammy-Lou :

Oui, merci.

Aimy :

Alors, on se rencontre aujourd’hui pour parler de ton intriguant métier. Veux-tu nous dire ce que tu fais?

Tammy-Lou :

Alors, je suis artiste maquilleuse spécialisée en cinéma. Je travaille sur les plateaux de tournage.

Aimy :

Quand tu rencontres quelqu’un pour la première fois et que tu lui dis : je suis artiste maquilleuse spécialisée en cinéma sur les plateaux de tournage, c’est quoi la première chose qu’on te demande habituellement?

Tammy-Lou :

On me demande : hé, tu dois maquiller pas mal de vedettes? Qui est-ce que tu as maquillé? C’est ce qu’on me dit la plupart du temps. Oui, je maquille des gens connus, mais j’en maquille des moins connus aussi et des pas connus du tout. Tout ça, ça me plaît, que tu sois connu ou pas connu.

Aimy :

C’est comme si, rapidement, c’est la course aux ragots, mais ce n’est pas pour ça que tu fais ton métier.

Tammy-Lou :

Non. En plus, quand je suis vraiment en train de travailler, ça m’arrive souvent que je ne parle pas. Je suis très focussée, je ne parle pas beaucoup.

Aimy :

C’est le visage devant toi qui est important, mais à qui il appartient ce visage, ça c’est une autre histoire.

Tammy-Lou :

C’est ça.

Aimy :

C’est sûr qu’il y a un look très glamour à ce que tu fais, c’est du cinéma, c’est Hollywood, c’est excitant. Mais si tu me décrivais une journée habituelle, de quoi ça aurait l’air?

Tammy-Lou :

Vous allez voir qu’il n’y a pas grand-chose de glamour parce que je me lève souvent entre 4 heures et 5 heures du matin. J’arrive sur le lieu de tournage. Je suis souvent l’une des premières arrivées. J’installe mon équipement sur ma table. J’ai un beau miroir avec des lumières autour, j’ai une chaise haute pour la personne que je vais maquiller. Ensuite, l’acteur ou l’actrice arrive. Je les maquille. Je maquille tous les gens que je dois maquiller et ensuite, on va sur le plateau. Il y a une mise en place. L’assistant à la réalisation explique comment la scène va se passer, les mouvements dans le lieu où on va tourner. Puis, au courant de la journée, je fais des retouches, au besoin. Je me place devant le moniteur. On est plusieurs, autour du moniteur et on regarde les prises. Donc, c’est beaucoup d’attente, ces moments-là. Entre les prises, si je vois que c’est nécessaire de faire une retouche, par exemple, si la personne a trop de luisant ou de sueur sur la peau au goût du réalisateur ou à mon goût, je vais estomper le tout, je vais absorber le tout. Je mets un produit matifiant ou une poudre, puis il y de plus grosses retouches, des fois, après le lunch. Mes journées en tournage, c’est environ entre 12 et 16 heures. Des fois, quand j’ai une assistante, c’est l’assistante qui va sur le plateau. Elle regarde le moniteur à ma place, elle est mes yeux. Puis, les acteurs, qui arrivent tout le long de l’avant-midi alors je reste à ma table de travail et je maquille les gens que je dois maquiller.

Aimy :

C’est comme si tu avais deux morceaux de journée potentiels. Tu as le début, avec ta chaise, les gens sont dans ta chaise, ils quittent, ils s’en vont sur le plateau, ils vont jouer. Puis, dans ta deuxième partie, tu es là quand ils sont en train de jouer et tu fais les retouches.

Tammy-Lou :

Oui, c’est ça.

Aimy :

Sinon, tu as une assistante, tu as un bras droit qui, elle, pourrait faire les retouches pendant que toi, tu continues de maquiller les autres personnes qui viennent d’arriver.

Tammy-Lou :

Exactement.

Aimy :

Donc, tout va dépendre de, j’imagine, la taille du film, l’ampleur du projet…

Tammy-Lou :

Oui, c’est ça. C’est une question de ce que la production a, de ce qu’elle peut se permettre côté budget. Moi, je dis, des fois : désolée, mais je ne peux pas me séparer en deux, vous devez faire un choix. Soit je reste devant le moniteur, je fais des retouches, je m’assure que tout est beau et reste comme il doit rester tout le long de chaque prise, habituellement. Des fois, il faut que je délaisse ça quand la production ne peut pas se permettre une assistante, une assistante pour moi. Donc, je retourne à ma table de travail et je maquille les autres acteurs qui arrivent au fur et à mesure.

Aimy :

Donc, tu dis que ça dépend de ce que la production peut se permettre ou pas, je comprends que tu travailles sur différents types de productions, le budget n’est pas toujours le même.

Tammy-Lou :

Exact.

Aimy :

Ça peut ressembler à quoi, les projets sur lesquels tu travailles?

Tammy-Lou :

Je travaille sur des courts métrages. Des courts métrages, ça peut aller d’une journée à 7 jours, environ. C’est plus rare que j’aie la possibilité d’avoir une assistante, mais cela arrive, des fois. Sur de plus gros projets… Mon dernier projet où j’ai été cheffe maquilleuse, c’était le film Venus, on a tourné ça à l’été 2016. Puis, les trois quarts du temps, j’avais une assistante. Ça m’a vraiment beaucoup aidé. Mais, encore là, c’était une production syndiquée AQTIS différée, on n’était pas payés à notre plein salaire. On le fait en connaissance de cause, évidemment. Mais, ça a bien été. J’ai réussi à avoir une assistante les journées où j’en avais vraiment besoin, donc je suis vraiment contente. J’étais vraiment satisfaite.

Aimy :

Donc, des fois, même sur des plus petits films canadiens, on va être capables de t’offrir cela, ça pourrait faire partie de leur budget?

Tammy-Lou :

Oui, c’est ça. Il y en a, des productions, par exemple, j’ai travaillé sur le dernier film d’Yves Bélanger, Vivre à 100 miles à l’heure, où j’étais l’assistante de la cheffe maquilleuse. J’ai été là presque tous les jours. Il y avait peut-être deux jours où je n’étais pas là parce qu’il y avait juste un ou une actrice donc, ma présence n’était pas utile, ce n’était pas nécessaire que je sois là. Donc, c’est possible sur des films québécois ou des séries québécoises où l’assistante est là tous les jours, peu importe ou presque.

Aimy :

Donc, ça va varier.

Tammy-Lou :

Oui.

Aimy :

Est-ce qu’il t’est déjà arrivé de travailler sur de très, très grosses productions?

Tammy-Lou :

Oui, presque à chaque été, je travaille comme maquilleuse à la figuration sur des films américains à gros budget, tels que X-Men, que j’ai travaillé dessus en 2013 et celui qu’on a tourné en 2017, aussi.

Aimy :

Ton rôle, il a l’air de quoi dans une grosse production comme ça?

Tammy-Lou :

La fois où c’était vraiment le plus impressionnant, c’était en 2013. On tournait une scène à la place à côté de l’hôtel de ville, ça se passait en 1974. On était, ce n’était pas tout le temps au même endroit, mais la plupart du temps, on préparait les figurants au studio Mels, pas très loin dans le Vieux-Montréal. Il y a une journée où il y a eu jusqu’à 600, même plus, de figurants. Je n’avais jamais rencontré autant de maquilleuses de toute ma vie, on était 25, c’était impressionnant. Impressionnant par rapport à la quantité de figurants et aussi par rapport à la quantité de maquilleuses. Ça c’était gros.

Aimy :

Ça, c’est vraiment inhabituel, six-cents quelques personnes à maquiller. Il doit y avoir toute une logistique, je maquille cette personne là le matin, mais il faut que son maquillage soit encore beau dans plusieurs heures parce que j’en ai d’autres à maquiller. Il y a comme tout ça à gérer, j’imagine?

Tammy-Lou :

Oui. Donc, lorsqu’on allait sur le plateau, par la suite, ce n’est pas nécessairement chaque maquilleuse qui reprenait, qui prenait soin, qui refaisait les retouches au même figurant parce qu’ils sont éparpillés un peu partout et on ne peut pas commencer à prendre du temps pour chercher celui qu’on a maquillé à 6 heures 28 et celui à 7 heures 12. Non, on voit que la personne, mettons une femme, elle a bu, elle a mangé, on refait son rouge à lèvres. Des fois, le truc, c’est que la personne qui l’a maquillée le matin, elle met un peu de son rouge à lèvres dans une espèce de papier ciré, mais très ciré. Pas comme le papier qu’on utilise pour la cuisine. Puis souvent, on octroyait aux figurants des pinceaux jetables. Je sais que ce n’est pas très écologique, mais il faut tellement penser à l’hygiène. L’hygiène est d’une très haute importance dans ce métier et c’est déjà arrivé, peut-être pas en figuration, mais qu’une personne va avoir un feu sauvage puis actionne une maquilleuse parce que c’est de sa faute, parce qu’elle ne lavait pas bien ses pinceaux. Il faut faire attention à des choses comme ça. Oui, on utilise des Wet-Ones, du Purell, des choses jetables, comme moi, mes brossettes à mascara, je les réutilise. Je les lave bien comme il faut et je les réutilise, j’essaie d’avoir une pensée écologique pour ça. Mais, quand tu as tellement de figurants à t’occuper, tu n’as pas le choix de penser côté hygiène, qui est très important.

Aimy :

Ok. Sur des grosses productions comme ça, il se peut qu’il y ait plusieurs maquilleuses. Sur des plus petits mandats, tu pourrais être seule. Dans d’autres cas tu pourrais être cheffe maquilleuse et avoir une assistante. Dans d’autres cas, tu pourrais être l’assistante d’une autre cheffe maquilleuse. Ça va beaucoup varier en fonction de la production.

Tammy-Lou :

Oui. Des fois, aussi je fais des contrats d’une journée où je me promène de production en production et où je suis maquilleuse supplémentaire, comme troisième maquilleuse. Là, c’est une série québécoise, c’est une scène de mariage. Là, il faut en passer du monde, alors je suis là pour aider. C’est comme une journée ou il peut y avoir une autre scène un peu plus tard pendant ce bloc de tournage là ou un deuxième bloc un peu plus tard, mais ce n’est pas quelque chose de récurrent, genre plusieurs jours de suite, un genre de production de ce style-là.

Aimy :

Si tu me disais simplement, c’est quoi ton mandat? Parce que souvent, on imagine elle fait des petits films de temps en temps, alors elle va mettre du mascara et du rouge à lèvres, puis elle fait X-Men alors est-ce que c’est toi qui a peinturé en bleu la madame? On peut se demander. Simplement, qu’est-ce que tu dirais qui est le mandat d’une maquilleuse dans un film?

Tammy-Lou :

Disons que j’ai été approchée pour travailler sur un court métrage ou un long métrage et j’ai accepté. Donc, des fois, même avant que j’aie accepté, on m’envoie un scénario, je le lis et je vois si ça me plaît. Je m’informe c’est qui l’équipe. Je m’informe c’est quoi la vision du réalisateur, c’est quoi ses attentes par rapport au département, comment il voit ses personnages. Je travaille aussi beaucoup avec la psychologie des personnages, ça vient avec mon background en études en art dramatique qui m’aide vraiment à créer un look, créer un portrait d’un personnage. C’est ça.

Aimy :

Tu n’es pas juste une dessinatrice de faces, il y a vraiment une connaissance cinématographique derrière ça?

Tammy-Lou :

Moi, j’ai des connaissances en théâtre. Donc, création de personnages, psychologie, aussi costumière, coiffure. J’ai étudié au cégep en cinéma, je connais, je comprends le langage cinématographique et ça aide beaucoup lorsqu’on met les pieds sur un plateau de tournage, même si on est débutant ou débutante, on comprend plus ce qui se passe avec la caméra, avec l’éclairage. Donc, là disons, tu as le contrat. Tu lis le scénario, mais tu le lis vraiment en décortiquant tout ce qui peut avoir un lien avec le niveau social, la personnalité du personnage, son âge, ce qu’il fait, ses comportements. Tu peux aussi voir avec la costumière qu’est-ce que cette personne-là porte, des fois avec le directeur artistique, c’est quoi le thème chromatique. Donc, avec toutes ces informations-là, tu te diriges de façon de plus en plus pointue vers un look et vers la visions du réalisateur en même temps. Souvent, on fait des tests et ça va être en même temps que les autres départements, département coiffure, département costumes, département caméra. C’est des tests caméra, en même temps. Là, on voit si ça marche. Si ça ne marche pas, qu’est-ce qu’il y a à corriger puis là, on fait ce qu’on a à faire. Il y a de la préparation, avant le tournage. On achète tous les produits dont on sait ou croit qu’on aura besoin. Avoir du surplus, c’est toujours bon. Puis, il faut voir dans l’horaire où on va avoir besoin d’une assistante parce qu’il faut en parler à la production pour s’assurer que ça va être possible d’employer quelqu’un, une assistante. Il faut faire un dépouillement, une analyse de, à chaque scène, de quoi je vais avoir besoin. Quel acteur, quel personnage va avoir besoin de quoi. C’est quoi les changements dans la continuité. C’est vraiment important. Donc, s’il y a un gars qui se fait donner un coup de poing au visage, la scène d’après il y aurait peut-être une marque rouge, il y aurait peut-être un bleu, une ecchymose, un black eye, la lèvre coupée. Donc, il faut penser à ça. Puis il y a une évolution de ça, dans les blessures, à laquelle il faut penser et c’est vraiment important car c’est très rare qu’on tourne en chronologie. Il faut penser à ça. Il faut voir, dans le plan de travail, quelles scènes seront tournées quand, donc prévoir. Des fois, on tourne la scène où ça fait trois jours qu’il s’est fait donner un coup, mais tu ne le sais pas où et quand il l’a reçu. De quel côté de la face? Qu’est-ce que le réalisateur il veut comme effet? Il veut une petite poque ou un gros black eye?

Aimy :

Il y a tout un travail de communication, comment est-ce que vous voyez ça?

Tammy-Lou :

Ah oui.

Aimy :

On est rendus où? Comment ça va évoluer selon vous? Une idée de congruence qui est toujours là. J’entendais, il faut que le maquillage fitte avec les cheveux, avec les costumes. Une femme avec un grand boa, tu ne peux pas la mettre toute en mat, il y a peut-être quelque chose d’autre. Puis, si quelqu’un reçoit un gros coup de poing, bien il est gros comment son coup de poing, j’ai besoin d’avoir la vision du réalisateur. C’est ça que tu me dis?

Tammy-Lou :

Oui, c’est ça, puis plus les scènes passent dans l’histoire, dans la chronologie, plus ce bobo-là il va s’effacer, il va diminuer, il faut penser à ça. Il faut prendre des photos. Il faut prendre des photos et indiquer c’est quelle scène cette photo-là. Il faut trouver des manières différentes, des fois tu écris un petit papier et tu le mets en bas de ta photo, avec le numéro de la scène.

Aimy :

Fait qu’il y a quelque chose qui est très artistique, c’est du maquillage, c’est du cinéma, c’est le 7e art, mais il y a quelque chose d’hyper organisé, structuré, dans ce que tu fais.

Tammy-Lou :

Oui, vraiment. Il faut être structuré, il faut être organisé, il faut être extrêmement alerte, il faut penser à tout. Il faut avoir un œil de lynx aussi, quand on regarde dans le moniteur, il faut vraiment être là.

Aimy :

Donc, ce n’est pas juste : au gré de mon inspiration, je vais faire cela aujourd’hui. Il y a une logique, il y a une structure, il y a tout ça à respecter.

Tammy-Lou :

Exact.

Aimy :

C’est quoi les choses qu’on te demande le plus souvent de faire?

Tammy-Lou :

C’est bien à la mode, le maquillage extra extra naturel où on ne voit pas que la personne est maquillée.

Aimy :

Est-ce que tu dirais que c’est en lien avec la technologie HD?

Tammy-Lou :

Oui, puis non en même temps. Je te dirais que c’est une mode que beaucoup de réalisateurs et réalisatrices aiment.

Aimy :

Fait qu’on a envie d’un look naturel.

Tammy-Lou :

Oui, mais c’est important, aussi, pour les hommes qu’on ne voit pas qu’il y a du maquillage. C’est vraiment important parce que, dans la société d’aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup d’hommes qui se maquillent et la plupart des projets sur lesquels je travaille, c’est des projets où l’histoire est ancrée dans la réalité. Donc, il ne faut pas voir de maquillage sur les hommes.

Aimy :

Il ne faut pas le voir, mais en même temps, j’aimerais ça que tu en fasses parce que la lumière, la caméra n’aime pas ça un visage nu. C’est ça que je comprends?

Tammy-Lou :

Des fois, ça fait des effets bizarres où la peau, en tant que telle, elle absorbe beaucoup la lumière. On ne s’en rend pas compte parce que notre œil humain ne le voit pas. Mais l’oeil de la caméra fonctionne de toute autre façon où quand la lumière frappe le visage nu, ça fait comme flou, ça fait bizarre, ça fait comme une peau brouillée, c’est moins intéressant. C’est quand même bien, si tu veux faire des scènes avec des junkies ou des gens qui habitent dans la rue, des quêteux comme on dit. Mais, même à ça, il n’y a peut-être pas de fond de teint, mais tu mets un maquillage effet crasse, fait qu’il y a quand même quelque chose sur la peau. Donc, oui, ce que le fond de teint fait, c’est que ça aide à refléter la lumière sur la peau et ça donne un plus beau fini, à l’écran.

Aimy :

Fait que c’est comme une base que tu vas aller créer toi-même pour que la lumière fasse ce que l’on veut qu’elle fasse.

Tammy-Lou :

Oui, on a un certain contrôle, en effet.

Aimy :

C’est comme une manipulation, sur la peau, de la lumière. Est-ce que tu dirais ça comme ça?

Tammy-Lou :

Oui, mon travail fait ça, c’est une partie de ça, mais il y a le gros travail du directeur photo et le chef électricien, qui travaillent ensemble pour créer des effets intéressants.

Aimy :

Fait que c’est vraiment un travail d’équipe?

Tammy-Lou :

Oui, tout à fait.

Aimy :

Comment tu décrirais ton rôle, dans cette équipe-là?

Tammy-Lou :

Il faut se parler. Des fois, quand je vois qu’il y a une actrice qui aurait besoin d’un réflecteur, des fois c’est comme une espèce de rond blanc, des fois on l’utilise du côté argent, comme en photographie, qu’on met juste un peu en-dessous de la personne, de biais, vers elle, qui va faire qu’elle va être éclairée un peu plus uniformément sur son visage, ce qui va neutraliser l’effet raccoon, qui fait gris en-dessous des yeux. Moi, j’en parle au directeur photo et s’il est trop occupé, j’en parle au chef électricien, puis il s’en occupe, il faut ce qu’il faut pour corriger.

Aimy :

Fait que les gens font confiance à ton œil?

Tammy-Lou :

Maintenant, oui. Je te dirais, ça fait quand même 14 ans, 15 ans, que je fais ce métier-là. J’ai beaucoup d’expérience en cinéma sur les plateaux de tournage et mon œil est assez vif par rapport à ça.

Aimy :

Puis il y a une reconnaissance.

Tammy-Lou :

Je ne sais pas si je pourrais dire à ce point-là, reconnaissance… ou juste une bonne communication et une confiance qui peut se créer, oui.

Aimy :

Ok. Fait que tu trouves un moyen pour faire passer ton message, il est reçu, dans la majorité des cas et on agit en conséquence.

Tammy-Lou :

Oui.

Aimy :

Si je te demandais, ton parcours. Qu’est-ce qui t’a amenée à être où tu es aujourd’hui?

Tammy-Lou :

Hum… J’ai eu un long parcours avec des doutes, des questionnements. Je voulais être actrice, alors j’ai commencé au cégep à l’âge de 17 ans en art dramatique au cégep de Saint-Laurent, ce qui fut, ma foi, une expérience très épanouissante, mais où je me suis rendue compte que je n’étais pas sûre si je voulais aller dans une grande école de théâtre pour qu’on me casse et qu’on me mette dans un moule. Je suis quelqu’un avec un caractère plutôt rebelle. Ça n’aurait pas fonctionné, je pense que je me serais fait kicker out, ce qui est arrivé à plusieurs personnes. En fait, ça arrive régulièrement et c’est sûrement ça qui serait arrivé. De plus, je voyais et je vois encore, des acteurs à l’école ou pas, ils sont très talentueux et ils n’arrivent pas à en vivre. Ils n’arrivent pas à avoir des auditions parce qu’il n’y a presque pas d’auditions. Donc, j’avais peur que ma passion pour le théâtre s’essouffle et disparaisse et ça, je n’étais pas capable de vivre avec ça. Je voulais que ça reste beau et pur pour moi, pour toujours. Donc, j’ai décidé que je n’allais pas faire une tentative pour vivre de ça, pour gagner ma vie de cette façon-là. Ça ne sera pas mon métier, ça va rester un hobby, un loisir, une passion. Je me suis beaucoup cherchée. J’ai fait un certificat en création littéraire à l’Université du Québec, c’était bien. Mais, je me cherchais beaucoup. Pendant ce temps-là, je prenais des cours de chant. J’ai fait des auditions au cégep Lionel-Groulx en chant, ça n’a pas fonctionné. Puis, presque par hasard, je me suis revirée et je me suis inscrite au DEC en cinéma au cégep de Saint-Laurent. J’en avais entendu beaucoup, beaucoup de bien. Puis, presque par intuition, je m’y suis lancée et je suis tombée en amour avec le 7e art, pas comme si je ne connaissais pas le cinéma avant, mais dans le sens de vraiment l’étudier et le vivre. Vivre ce que c’est de travailler en équipe, conjointement, les uns, les autres vers un beau projet artistique. Ça m’a vraiment charmée. Par la suite, je suis allée étudier au Collège Interdec en maquillage, qui faisait un beau grand survol et puis ensuite, la vraie école, ce fut de travailler comme maquilleuse sur des plateaux de tournage de courts métrages universitaires.

Aimy :

Donc, des étudiants qui préparent un projet d’école et toi, tu viens leur donner un coup de main pour la partie maquillage?

Tammy-Lou :

Exact. C’était surtout d’anciens camarades de classe du cégep qui étudiaient à l’université, à Concordia, en film production. J’ai maquillé sur leurs films et sur les films de leurs collègues de classe. Ça a commencé comme ça et ce fut, ma foi, vraiment, une très belle école.

Aimy :

Ça a été une belle école de travailler sur ces projets étudiants là. Qu’est-ce qui fait, à ton avis, que ça a été une belle école pour toi?

Tammy-Lou :

C’était une camaraderie. Même si je ne faisais pas partie de leur classe, on apprenait à se connaître personnellement et professionnellement. On y allait à tâtons, parfois on faisait des erreurs. En tout cas, pour ma part, les gens autour de moi ne se rendaient même pas compte que je faisais des erreurs, fait que j’ai pu apprendre sans recevoir une grosse pression, sans subir nécessairement un grand stress. Donc, ce fut un bel apprentissage, en gang.

Aimy :

Donc, même si toi tu n’étais pas nécessairement à leur école, tu restais un peu dans un contexte quasi scolaire où on a le droit à l’erreur, où on est là pour apprendre, on est là pour affûter, aiguiser nos armes.

Tammy-Lou :

Oui, tout à fait.

Aimy :

Fait que ça t’a vraiment servi quand tu as été ensuite jouer avec les plus grands.

Tammy-Lou :

Oui, ce fut le début. Le début d’une belle aventure qui continue encore.

Aimy :

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton travail?

Tammy-Lou :

Je ne sais pas, il y a vraiment. En fait, tu pognes tellement des belles gangs, des beaux échanges. Quand tu es sur la même longueur d’onde que le réalisateur, que le directeur photo, que le directeur ou directrice artistique, coiffure, costumes, des fois, il se crée tellement des belles chimies. Tu crées des belles choses, tu es fière. Ce qui est important aussi, sur le plateau, c’est quand tu réussis à te faire du fun avec cette gang-là. Ça fait des expériences merveilleuses et inoubliables. L’univers des tournages, c’est vraiment un univers à part. Sérieux, c’est dur à comprendre quand tu n’as jamais vécu cela.

Aimy :

Qu’est-ce qui est différent du reste des milieux de travail, tu dirais?

Tammy-Lou :

On ne travaille jamais au même endroit et de projet en projet, souvent ce n’est jamais avec le même monde. J’exagère, c’est quand même un petit milieu et on se retrouve. Mais, ça n’a absolument rien à voir avec du lundi au vendredi, de 9 à 5, dans un bureau.

Aimy :

Cette variété-là, elle n’existe pas pareil ailleurs, en tout cas.

Tammy-Lou :

C’est ça, il n’y a pas de routine. Puis c’est le fun de ne jamais travailler à la même place, moi ça me stimule. Je suis une personne qui a besoin d’être vraiment beaucoup stimulée dans la vie, intellectuellement, créativement et puis ça, comble ça chez moi.

Aimy :

Ok. Le fait du mouvement, le fait d’être dans l’action, le fait de n’être pas tout le temps avec les mêmes personnes, tout ça c’est des choses qui rendent ce milieu-là différent de d’autres. En même temps, je t’entends me décrire justement ce qui te plaît le plus et c’est beaucoup la camaraderie, les liens qui vont se tisser, le temps qu’on passe ensemble, où est-ce qu’on pourrait avoir du fun. Souvent, on imagine le métier de maquilleuse comme étant hyper technique. Je lisais, je me suis permis d’aller fouiller sur ton LinkedIn et je lisais des trucs comme pose de postiche et je lisais des affaires comme création de plaies et je me disais, my god! Elle fait ça avec ses mains! Mais là, tu me parles de tout un côté hyper social, hyper humain. Quelle proportion de ton travail, tu me dirais, est vraiment technique, versus vraiment dans la communication puis dans le relationnel?

Tammy-Lou :

Je ne saurais pas donner un pourcentage en tant que tel, c’est toujours difficile pour moi. Ah les chiffres (rire).

Aimy :

Si on le plaçait, mettons, dans comment tu penses à ton travail. Je sais qu’on a discuté avant l’entrevue et tu me disais : il m’arrive parfois de devoir user de psychologie avec les gens devant moi. Il y a un côté vraiment humain à ce que tu fais, est-ce que tu pourrais me le décrire un peu?

Tammy-Lou :

On est une base solide où les acteurs et actrices peuvent s’appuyer et relaxer. À notre table de travail, sur notre chaise, souvent, il y en a qui ne parlent pas. Ça ne me dérange pas, ils se focussent sur leur rôle, leur personnage, leur texte. Ils pratiquent leur texte, des fois à voix haute, des fois dans leur tête et puis il y en a beaucoup, même des hommes, qui me disent : ça me relaxe, me faire maquiller. J’aime ça. C’est comme un doux massage de face. Ça les aide à les recentrer, les calmer et les femmes, ça les aide beaucoup à leur donner une bonne estime d’elles-mêmes. Elles se sentent belles, elles se sentent bien, elles se sentent prêtes à affronter la caméra après avoir passé sous mes pinceaux.

Aimy :

Il y a comme une confiance qui est construite là.

Tammy-Lou :

Oui, vraiment. C’est important parce que parfois, je dirais même souvent, en prenant de l’âge, les actrices ont une certaine insécurité, si je peux m’exprimer ainsi. Il faut user beaucoup de types de techniques, travailler les lumières, pour, justement, couper le surplus d’ombre que le visage crée en prenant de l’âge.

Aimy :

Si j’essaie de top-vulgariser ce que tu es en train de me dire, quelqu’un qui vieillit va peut-être avoir plus de plis, plus de rides et tout ça, c’est des creux, des crevasses dans le visage et il y a de l’ombre qui peut être générée quand on braque un gros spot dans ma face?

Tammy-Lou :

C’est ça, mais on ne fait pas de la magie, non plus. Il faut arrêter de dire et de penser que, quand tu passes au maquillage, tu te fais magiquement effacer les rides. Non, ce n’est pas vrai. On peut diminuer leur apparence à l’aide du maquillage et c’est l’éclairage aussi qui fait une bonne différence. Aussi, les directeurs photo vont utiliser des filtres qu’ils vont mettre devant leur lentille.

Aimy :

Pour adoucir.

Tammy-Lou :

Exactement.

Aimy :

Donc, quand tu me dis, ils viennent chercher parfois un morceau de confiance dedans ma chaise, ils savent que, quand ils repartent de là, on a été travailler un effet qui va ensuite être ajusté à l’aide de la lumière et tout, pour estomper.

Tammy-Lou :

Oui.

Aimy :

Bon, il y a quelque chose d’intéressant, socialement, dans le fait que tu n’as pas, tu me corriges si ce n’est pas ça, mais c’est comme si tu n’as pas le droit d’avoir l’air de ton âge, là.

Tammy-Lou :

Les actrices ont beaucoup de pression par rapport à ça. Ce n’est pas tout le temps facile à vivre et nous on est là pour leur donner confiance, pour les faire sentir belles. Puis moi, je leur dis parce que c’est vrai, aussi. Je ne l’invente pas. Puis, c’est fou comment ça va leur donner de la confiance puis le petit boost pour faire comme : Yeah! Je m’en vais devant l’écran et Pa-Pow! Watch out! Just watch me!

Aimy :

Il y a un côté un peu, comme on le disait, encore une fois, très technique et tu uses de ton pinceau. Mais, en même temps, tu leur donne aussi ce petit kick là en partant : Vas-y! Ça va bien aller! Tu es belle, tu es bonne, tu es fine, tu es capable, vas-y! Et tu le ressens, l’effet de ton travail sur la personne une fois qu’elle quitte ta chaise.

Tammy-Lou :

Oui, puis là, après la première prise, quand je vois que c’était comme Wow! C’est beau, le tout là, avec maquillage, coiffure, costume, éclairage, je vais voir l’actrice et je lui dis : Hé, c’était vraiment beau! Tu peux être comme, comment dire ça, tu peux respirer, tu peux être fière, tu peux être comme, te dire que c’est correct.

Aimy :

Dépose-toi là-dedans, c’était beau.

Tammy-Lou :

Oui.

Aimy :

C’est intéressant, ton rôle va vraiment au-delà de juste ta chaise.

Tammy-Lou :

Ce n’est peut-être pas toutes les maquilleuses qui usent de psychologie comme moi ou autant que moi. Mais moi, j’aime quand les acteurs ou les actrices, quand ils s’assoient dans ma chaise, ont confiance en moi et ont confiance en eux.

Aimy :

Est-ce qu’il arrive, parfois, qu’on remette en question ton travail?

Tammy-Lou :

C’est plutôt rare…

Aimy :

Qu’on te dise : Tu m’as maquillé comme ça, mais ça ne me plaît pas. Il y en a trop, il n’y en a pas assez, pas de cette couleur-là?

Tammy-Lou :

Ah! Ça me dérange tellement pas. C’est pas compliqué. Les gens, des fois, ils stressent avec ça mais du maquillage, ça s’efface. Comme ça! Si tu n’aimes pas ça, je peux l’enlever ou je peux rajouter une autre couleur. Moi, je suis parlable, on travaille en équipe, moi puis l’actrice. Avec une certaine actrice, à un moment donné, elle me disait : aie pas peur de m’en mettre parce que moi, si tu m’en mets juste un peu, ça ne paraît pas, mon visage est capable d’en prendre. Vas-y, mets-en! Mets du noir autour de mes yeux, vas-y, vas-y let’s go! Puis elle me disait : Ok, un petit peu plus haut ici, un petit peu plus rond, un petit peu plus en pointe. Puis je le faisais, puis c’est correct. Ça ne me dérange pas parce qu’il faut qu’elle soit bien. Puis, elle, cette femme-là, elle se fait maquiller le visage depuis plus de 20 ans. Elle le connaît, son visage et elle connaît c’est quoi le maquillage sur son visage. Moi, je ne l’ai jamais travaillé, son visage, donc je l’écoute.

Aimy :

Donc, on revient à ce côté vraiment relationnel. Quelqu’un qui aurait un ego gigantesque et qui dirait : Moi je sais comment maquiller et qui ne serait pas prêt à recevoir ces commentaires-là, peut-être que ce serait plus difficile à ce moment-là?

Tammy-Lou :

Oui, mais sûrement que l’actrice ferait une plainte.

Aimy :

C’est comme des gens qui ne survivraient pas dans le milieu?

Tammy-Lou :

Hum…

Aimy :

Avec moins de facilité, en tout cas?

Tammy-Lou :

Si c’est une actrice qui a vraiment beaucoup d’expérience et disons que c’est la préférée, c’est la muse du réalisateur, bien tu n’as pas beaucoup de chance de faire valoir vraiment ton point. C’est plus difficile. Vraiment, comme maquilleuse et n’importe quel travail en cinéma, c’est une question d’adaptation. Tu es en perpétuelle adaptation. Sur un projet, il fallait que je fasse un petit bobo, une rougeur. Un personnage avait reçu un coup de poing et l’acteur voulait pas. Des fois, ce n’est pas évident argumenter, tu n’as pas envie de créer de la tension dans ton environnement de travail. Tu as envie qu’il y ait de la belle et bonne entente partout, tout le temps. Des fois, il faut aller voir le réalisateur ou la réalisatrice, qu’est-ce que tu veux, qu’est-ce que tu crois? Moi, je crois que ça. Donc, à ce moment-là, vu que c’est le boss qui parle…

Aimy :

Peut-être que ça passe autrement.

Tammy-Lou :

C’est sa vision qui passe en premier, la plupart du temps. Donc ça, ça peut aider.

Aimy :

Donc, ce travail d’équipe là, ce n’est pas juste toi qui écoute les autres, c’est aussi les autres qui travaillent avec toi. C’est vraiment conjointement, tout le temps, pour se rendre à cet objectif commun.

Tammy-Lou :

Oui, c’est ça.

Aimy :

Qu’est-ce que tu dirais qui sont les grandes qualités ou les compétences à avoir pour être une bonne maquilleuse au cinéma?

Tammy-Lou :

En fait, c’est la ténacité. Un gars ou une fille qui veut être maquilleur ou maquilleuse, il n’y en aura jamais assez. Il faut être tenace et endurant. Il faut persévérer. Si tu as la passion, en fait, c’est ça qu’il te faut, il faut la passion, tu vas perdurer. Il faut être tenace pour faire de la recherche d’emploi. Il faut une bonne attitude sur les plateaux de tournage, il faut être positif, il faut être ouvert, être capable de s’adapter facilement puis rapidement. Quand on est sur un plateau de tournage, il faut être très alerte, être vif, voir tous les détails. Il faut comprendre qu’est-ce qui se passe. Qu’est-ce qu’ils sont en train de changer, là, l’éclairage? Tu demandes au premier assistant à la réalisation, il y a combien de temps? Ok, tant de temps. J’ai le temps de faire ce changement de look-là, j’ai le temps de rajouter un petit truc, de faire une retouche.

Aimy :

Quand tu me parlais tout à l’heure d’être structurée et d’être organisée, ça implique ça aussi d’être capable de se dire : Dans le temps qui m’est accordé maintenant, est-ce que je peux, sans déranger ou sans mettre les autres en retard, vite vite aller faire tel truc?

Tammy-Lou :

Oui. Il faut être discret, le plus possible. Entre les prises, le réalisateur va aller voir ses acteurs pour faire, pour leur donner des directives plus pointues pour arriver à ce que lui ou elle veut. Des fois, ce n’est pas tout le temps de bon moment de rentrer dans cette bulle-là, mais en même temps, pas le choix. Tu attends qu’ils aient discuté et après tu y vas et tu fais tes retouches. Il y en a certains que ça ne les dérange pas, tu peux les faire pendant qu’il parle. Il y a certains réalisateurs qui n’aiment pas ça ou des fois c’est le premier assistant à la réalisation qui dit : Non, non. C’est juste avant de tourner, attends. Des fois, sans même que tu te le fasses dire, il faut que tu le voies, il faut que tu le sentes. Tu regardes la réaction des gens avec qui tu travailles, à la réalisation, les acteurs, puis tu le vois si là c’est le bon moment ou pas. Puis des fois tu y vas, oups, c’est pas le bon moment, puis tu te rétractes.

Aimy :

Quand tu me parles de discrétion, c’est vraiment comment faire son travail sans être dans les pattes des autres?

Tammy-Lou :

Oui, c’est beaucoup ça, être maquilleuse.

Aimy :

Je vois comme une petite abeille, un peu hop-hop, je suis rentrée, je suis sortie, j’ai bien fait mon travail et je n’ai pas trop dérangé, j’ai fait mon travail puis j’ai quitté vite vite.

Tammy-Lou :

Oui, en fait, je dirais même que ça a un petit côté ninja!

Aimy :

Oh! Personne ne m’a vue, je suis passée, je suis repartie, mais là soudainement la personne est toute retouchée.

Tammy-Lou :

Oui et ça, à la réalisation, ils adorent ça.

Aimy :

Ils adorent ça que le travail soit fait sans qu’on se rende compte qu’il a été fait.

Tammy-Lou :

Ou sans qu’ils aient besoin de te chercher. Tu es là, tu es présente, tu es prête à toute éventualité.

Aimy :

Quand tu me disais, il faut être vif, c’est je regarde le moniteur et je le sais qu’il y a quelque chose à faire. Je n’ai pas à attendre qu’on me dise : l’actrice brille un peu, il faudrait aller… Tu y vas. Il y a comme beaucoup d’initiative?

Tammy-Lou :

Oui, il y a ça, mais aussi, des fois, dans ton look, si tu as un look plus glowy, moins mat, moins poudré et que le réalisateur aime vraiment moins ça ou que c’est trop luisant à son goût, que ça ne fonctionne pas avec l’éclairage. Donc, là, tu vas faire des retouches, il te le dit, tu discutes et si vraiment il faut que ce soit plus mat, tu y vas. C’est tout le temps sujet à discussion. Une autre chose que j’ai oubliée de dire, c’est que, quand on va sur la plateau de tournage, une maquilleuse, on se fait un sac plateau. Souvent, c’est un sac transparent ou pas, mais ça c’est pratique parce que tu vois tout où est-ce que tu as mis tes choses. Ce qu’on fait, c’est qu’on met les produits pour qu’ils soient compacts, dans des petites bouteilles. On a toutes des miniatures, on traîne ça avec nous. Ça peut aller aux gouttes pour les yeux, l’hydratant pour le visage, du Polysporin, de la poudre, du fond de teint que tu mets dans des petits contenants, tel acteur, telle actrice.

Aimy :

Fait que tu retiens, telle personne avait tel produit, là j’ai un sac pour tel acteur ou telle actrice et j’ai tout, tout, tout ce que j’ai appliqué sur lui et je l’apporte avec moi sur le plateau.

Tammy-Lou :

Oui. Souvent, les acteurs, ils ont leur propre pochette et en plus, toi, il faut que tu aies un espèce de kit de survie s’il arrive n’importe quoi, quelqu’un a de la poussière dans l’œil. Tu as tes Kleenex, tu as tes cotons tiges, tu as de l’hydratant, une autre sorte de poudre.

Aimy :

Tu es toujours prête. Tu es comme un ninja, mais un scout en même temps.

Tammy-Lou :

Oui. Un scout-ninja.

Aimy :

Scout-ninja! Parfait! J’aimerais te poser une dernière question dans cette grande liste de questions : si tu rencontrais quelqu’un qui était intéressé par ton domaine, quel conseil est-ce que tu lui donnerais dès maintenant? Qu’est-ce que la personne pourrait faire dès maintenant pour se rapprocher de ton domaine?

Tammy-Lou :

Je lui demanderais : est-ce que tu as une passion dévorante pour le maquillage?

Aimy :

Tu ne peux pas juste trouver ça cool. Faut que j’en mange.

Tammy-Lou :

Le maquillage, ou le cinéma ou la télé, il faut que tu t’intéresses à ça. Sans nécessairement savoir le nom de tous les acteurs, ce qu’ils ont tous fait, mais il faut que tu t’intéresses, comme on dit, le gars des vues. Comment il fait ça, lui? Il faut que tu apprennes comment il fait ça et comment toi tu peux participer à comment il le fait, comprendre tout le processus. Il faut être curieux, poser beaucoup de questions. Si vous voulez faire un stage d’observation, devenez figurants sur de grosses productions ou faites-vous engager comme assistant de production pour voir comment ça fonctionne un plateau et posez des questions. Soyez discrets, mais posez des questions, observez, prenez des notes. Pour le maquillage, c’est ça. Tu as la passion ou bien tu ne l’as pas. Il faut que tu sois tenace et persistant parce que quand tu connais personne, comme moi je ne connaissais personne dans le domaine, ça a été long avant de me faire un nom. C’est long quand tu connais personne, c’est pas évident. Être tenace.

Aimy :

Être capable de s’accrocher à ce projet-là et essayer même si les portes ne sont pas toujours toutes ouvertes en commençant.

Tammy-Lou :

C’est ça. C’est normal parce qu’il y a énormément de maquilleuses et de maquilleurs à Montréal. La compétition est féroce, je l’avoue. Il faut l’avouer, pour être franche.

Aimy :

Il y a beaucoup de compétition, donc si c’est un projet que tu as, prépare-toi à ça, sache que c’est comme ça.

Tammy-Lou :

Qu’est-ce que tu veux dire, si tu as un projet?

Aimy :

Si quelqu’un a ce projet, de devenir maquilleuse ou de devenir maquilleur pour le cinéma, sache-le. Il y en a d’autres qui pensent comme toi et il y en en d’autres qui voudraient le faire aussi, donc ça se peut que ce soit un peu compétitif.

Tammy-Lou :

Non, pas ça se peut. C’est.

Aimy :

C’est très compétitif.

Tammy-Lou :

Moi, je n’aime pas ça dire bonne chance parce que la chance n’a pas vraiment de lien. Je dirais plus, bon courage.

Aimy :

Bon courage. Sur cette belle note, Tammy-Lou Pate, merci beaucoup. Si les gens veulent en savoir plus sur ce que tu fais, où est-ce qu’ils peuvent trouver l’information?

Tammy-Lou :

Il y a mon site internet, nouvellement mis à jour, qui est www.tammy-lou.net.

Aimy :

Super, on le mettra en lien avec la page.

Tammy-Lou :

Parfait, merci.

Aimy :

Merci à notre invitée et merci à vous d’avoir écouté cet épisode des Portraits professionnels. Pour plus de détails sur cette profession, visitez notre site internet au www.saltoconseil.com.