DIRECTRICE D'ÉCOLE

AVEC JESSIKA VALENCE

Février 2019 | Musique et montage par Alex Andraos

Jessika Valence est directrice des services pédagogiques au Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie. Nous discutons de son parcours, de sa réalité de directrice d’école, mais aussi d’un projet innovateur que son équipe et elle instaurent dans leur école dans une perspective d’hyper-personnalisation des études.

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DIRECTRICE D’ÉCOLE

AVEC JESSIKA VALENCE

Aimy :

Bonjour et bienvenue aux Portraits professionnels, le balado où l’on tente de clarifier différentes professions du marché du travail. Aujourd’hui, on rencontre Jessica Valence, directrice des services pédagogiques du Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie. On discute avec elle de son quotidien professionnel, mais aussi d’un projet innovateur que son équipe et elle instaurent dans leur école, dans une perspective d’hyperpersonnalisation des études. Jessica Valence, bonjour.

Jessica :

Bonjour.

Aimy :

Tu vas bien?

Jessica :

Ça va très bien, merci.

Aimy :

Donc, on se rencontre aujourd’hui pour parler de ton métier. Veux-tu me dire qu’est-ce que tu fais dans la vie?

Jessica :

Alors, ce que je fais, mon titre, c’est d’être directrice des services pédagogiques au Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie.

Aimy :

Puis, en parallèle, tu es doctorante?

Jessica :

Effectivement. En gestion de l’éducation.

Aimy :

En gestion de l’éducation, parfait. Donc, quand tu rencontres quelqu’un pour la première fois, puis que la personne te demande : Jessica, qu’est-ce que tu fais dans la vie? Et que tu réponds ce titre ou ces titres, qu’est-ce que les gens imaginent habituellement que tu fais?

Jessica :

En fait, je veux même préciser qu’habituellement, quand on me pose la question, je dis simplement directrice d’école parce que c’est plus simple, parce que ça donne un référent aux gens, puis que services pédagogiques, les gens ne savent pas qu’est-ce que ça mange en hiver.

Aimy :

Même en partant, tu vulgarises même le titre de ce que tu fais.

Jessica :

Oui.

Aimy :

Quand tu en viens à voir leur réaction, qu’est-ce qu’ils voient habituellement dans directrice d’école?

Jessica :

En fait, c’est assez éloquent, ce que je dirais. Les gens ont tout de suite une image mentale qu’un directeur d’école, c’est vieux, c’est méchant et là ça ne cadre pas parce que je suis une jeune femme. Déjà, il y a une dichotomie entre ce qu’ils perçoivent et ce qu’ils voient. Ensuite, il y a justement l’idée de : Oh wow! Si j’avais eu une directrice comme ça. Et pas longtemps après, il y a : Mais, est-ce que tu es méchante?

Aimy :

Là, on ne voit pas Jessica, mais c’est une femme qui n’a pas l’air très méchante et qui n’a pas l’air très, puis tu me corriges si c’est une perception qui est fausse, mais qui n’a pas l’air très imposante, au niveau, comme, écrasant.

Jessica :

Non, je pense que j’ai l’air d’une personne accessible.

Aimy :

C’est vrai. Donc, rapidement on se demande, bon bien d’accord, peut-être que tu es jeune et cool, mais est-ce que tu n’es pas, en fait, très méchante en arrière de tout ça?

Jessica :

Effectivement, parce qu’on associe beaucoup le rôle de directeur d’école au rôle de la personne qui va sanctionner, qui va rencontrer les tannants, qui va mettre des punitions. Alors c’est vraiment, dans l’idée populaire, c’est ce qu’on perçoit.

Aimy :

Je t’entends masculiniser le terme à chaque fois, directeur d’école, est-ce que tu te le fais dire souvent que c’est surprenant que tu sois une femme, dans ce poste?

Jessica :

De moins en moins parce qu’en général, dans le monde de l’éducation, il y a beaucoup plus de femmes que d’hommes. Je pense que c’est juste pour généraliser.

Aimy :

Et il y a peut-être un peu cette caricature-là, d’un homme bedonnant, méchant, qu’on rencontre quand on a fait un mauvais coup?

Jessica :

Oui et qui a les cheveux blancs.

Aimy :

Toujours.

Jessica :

Toujours. Important.

Aimy :

OK. Donc, ça c’est l’image que les gens peuvent avoir. Si, maintenant, je te demandais de me décrire un peu, simplement, qu’est-ce que tu fais?

Jessica :

Alors, qu’est-ce que je fais, dans la vie. Déjà, je ne suis pas directrice adjointe. Dans les écoles, parce que moi, je suis dans une école privée, les rôles sont un peu différents par rapports aux écoles publiques. Mais, quand même, les directions de services aux élèves, les directions adjointes ou les directeurs d’école, habituellement, ils vont rencontrer des élèves, ils vont faire des suivis avec des élèves, ils vont être les premiers intervenants, après les enseignants, à avoir des interactions avec les élèves et leurs parents. Tandis que, moi, mon rôle, ce n’est assurément pas d’être sur cette première ligne-là. Mon rôle, c’est vraiment plus de travailler avec les directions adjointes pour regarder l’école de manière beaucoup plus globale, je dirais. Je vais travailler avec les enseignants, je vais accompagner plus les enseignants dans leur pédagogie, dans les programmes de formation, dans tout ce qui est les règles ministérielles, les programmes d’études, etc. Puis, m’assurer que l’école respecte les lois par rapport aux programmes de formation de l’école québécoise.

Aimy :

On est dans une deuxième ligne, un peu stratégique, puis un peu comme de vérification, de maintenance, de maintien?

Jessica :

Assurer la qualité des services éducatifs.

Aimy :

Concrètement, qu’est-ce que ça implique comme type de tâches. Si on regarde ton agenda pour une semaine, qu’est-ce qu’on pourrait retrouver?

Jessica :

Ce qu’on va retrouver, il y a énormément de travail à l’ordinateur, malgré tout, parce que je vais rédiger des politiques. Je vais réviser des politiques. Je vais lire beaucoup sur Internet parce que je fais une veille de tout ce qui se fait pour être à l’affût, en général, de tout ce qui se passe dans le monde en matière d’éducation. Ensuite, de faire le tri dans ce qui est pertinent et pas pertinent, ce qui est innovant, ce qui ne l’est pas, dans les débats de société aussi parce qu’il faut être capable de répondre aux enjeux actuels. Puis, l’éducation, c’est quand même un sujet qui est souvent traité. Alors, c’est d’être à l’affût de tout ça. C’est de gérer tout ce qui est l’organisation scolaire, évidemment. J’ai une technicienne en organisation scolaire qui travaille avec moi, mais c’est de valider tout ce qu’elle fait, cette technicienne-là. On parle de faire des horaires, de faire des groupes, de faire de la planification. Donc, plusieurs instruments administratifs, il y a la gestion du portail, aussi. Il y a les idées aussi au niveau du développement des enseignants. C’est de voir les besoins de formation des enseignants, de regarder ce qui se fait et d’assurer aussi la qualité. Je vais aller dans des classes, je vais aller observer des enseignants, je vais rencontrer des enseignants. Je vais offrir ou je vais animer des ateliers de développement professionnel, de la formation, toutes sortes d’ateliers pour le personnel enseignant.

Aimy :

Quand tu parlais d’assurer la qualité des services, c’est tout ça hein? C’est de s’assurer que chaque prof fait ce qu’il est supposé faire au meilleur de ses capacités et de s’assurer aussi que l’école, dans sa globalité, s’en va où elle est supposée s’en aller?

Jessica :

Exactement. Puis là, il y a un choix idéologique aussi à faire parce que chaque école a son projet éducatif, a sa personnalité, a ses visées et sa vision. Alors, c’est vraiment d’arriver à amener l’équipe, toute l’équipe école, dans cette direction pédagogique-là, dans laquelle je veux les amener.

Aimy :

Puis, ton projet de doctorat, comment il cadre dans tout ça?

Jessica :

En fait, mon projet doctoral est vraiment venu en support à cette idée de la vision stratégique que j’ai voulu avoir parce qu’en observant la réalité, en observant les problématiques qu’on vit, à l’école, on a réalisé quand même qu’il y avait au niveau de l’individualisation de l’enseignement, de la personnalisation dans cette ère de postmodernité où l’individu est très important et où l’enfant veut avoir un service sur mesure. Le parent veut que son enfant, qui est son enfant, ait exactement les services pour lesquels ses besoins, en fait, il a besoin. C’est sûr que dans une structure où l’école fonctionne dans des groupes, ce n’est pas toujours évident. On essaie de faire le mieux qu’on peut, mais ce n’est pas toujours évident. Finalement, c’est en observant cette problématique-là qu’est venue l’idée d’essayer d’inventer une école, une autre école qui pourrait répondre mieux aux nouveaux besoins de cette société et de ces individus, à l’intérieur de cette société. Alors, question d’entamer une démarche avec une rigueur. Je n’ai pas voulu me lancer simplement dans le projet. J’aurais pu le faire, simplement, mais en même temps, c’est cette recherche de qualité et de rigueur que j’ai voulu aller chercher en m’inscrivant au doctorat. Ce qui fait que, tout ce qu’on est en train de développer, de réfléchir, de faire, c’est soutenu par une démarche et c’est challengé aussi par d’autres personnes, par des universitaires, par des pairs aussi. Évidemment, dans notre cohorte, on est tous des gestionnaires en éducation qui viennent de milieux différents. Donc, évidemment, on se fait aussi challenger par ça.

Aimy :

Tu as la possibilité d’avoir du feedback comme ça aussi.

Jessica :

Exactement.

Aimy :

Donc, si on clarifie un peu le projet. L’idée, c’est de se dire, on est dans une ère d’individualité, on est dans une ère de besoins adaptés, on est dans une ère où est-ce que je veux ce qui est le mieux pour moi et je veux encore plus ce qui est le mieux pour mes enfants. Donc, l’école étant ce qu’elle est et l’école fonctionnant souvent en classe, en groupe, ce n’est pas toujours possible d’adapter à la pièce. Quand tu me dis, mon projet doctoral est comme venu emboîter le pas de cette réflexion-là, donc tu disais : J’aimerais qu’à l’école, ce soit différent. J’aimerais faire autrement et tu t’es dit, je vais documenter, je vais réfléchir en profondeur, donc, à travers mon doctorat, à cette possibilité-là pour pouvoir créer quelque chose en sachant que ça ne va pas venir juste de ma petite tête, ça va être réfléchi, ça va être recherché, ce projet-là. Donc, ce projet, est-ce que tu pourrais nous décrire concrètement de quoi ça a l’air dans une école?

Jessica :

En fait, le projet porte maintenant un nom et ce projet-là, ça s’appelle maintenant la formule Flex. Évidemment, ça vient du mot flexible parce qu’on veut offrir un enseignement qui est complètement personnalisé aux besoins des élèves pour que l’élève soit continuellement dans sa zone proximale de développement. Donc, ce qui veut dire, toujours suffisamment stimulé pour avoir envie d’avancer, mais pas trop pour ne pas se décourager. Donc, évidemment, comme l’élève va toujours travailler pour lui, il va travailler en projets, il va être accompagné individuellement par un tuteur. Il va être supporté par une équipe d’enseignants. Là, je vous parle de ce que c’est devenu, mais au départ, ce n’est pas nécessairement ça qui était prévu. On a développé ensemble cette façon de voir l’éducation, ce qui fait que, par exemple, pour les élèves qui ont des contraintes horaires, on parle des artistes professionnels adolescents ou adolescentes. On parle des athlètes de haut niveau, donc qui ont besoin de plus de temps pour faire leur sport ou qui ont, par exemple, des camps de ski en Autriche et qui sont à distance. Mais, quand on n’est pas dans l’école et qu’on fonctionne dans un groupe-classe, en présentiel, on a de la difficulté à pouvoir suivre le rythme du groupe. Puis, pour les élèves qui ont un rythme qui est plus lent, aussi, on est toujours à la remorque, donc c’est difficile de se sentir bien. Puis, pour les élèves qui sont surdoués, là on trouve l’école un peu ennuyante. Puis un élève qui est surdoué, il ne veut pas nécessairement faire plus d’exercices ou lire plus de livres. Il veut faire des projets à sa mesure, à sa portée, qui vont le stimuler encore une fois. Donc, c’est pour vraiment répondre à tous ces… En fait, à tout le monde. C’est comme si ce programme-là, c’est la vertu parce qu’on veut que ce soit parfait pour chaque élève. Donc, pour le moment, on cible vraiment les élèves pour qui le système actuel répond moins à leurs besoins spécifiques. Mais, en même temps, dans un meilleur des mondes, c’est une formule qui s’adapterait complètement à chacun des individus. Même l’élève qui est dans la norme, dans ce système-là, serait, de toute façon, toujours dans sa zone proximale de développement à lui aussi.

Aimy :

Concrètement, comment ça se traduirait, dans l’horaire d’un élève?

Jessica :

En fait, l’élève n’a pas d’horaire. L’élève va établir son horaire au début de chaque semaine, mais en collaboration avec son tuteur. Donc, l’élève va savoir ce qui existe, c’est quoi ses contraintes à lui et va choisir, admettons qu’aujourd’hui, cet avant-midi, il va travailler sur son projet de science. Puis que, demain, toute la journée, il a décidé de faire des mathématiques. Puis, à la limite, il pourrait décider toute la semaine, moi, je vais faire des mathématiques et la semaine prochaine, je ferai du français. Il peut décider de morceler. En même temps, il a un tuteur. Il y a une apparence d’autonomie pour l’élève, mais on l’accompagne, on ne l’abandonne pas. Évidemment, on va amener l’élève à faire des choix, en fonction de son potentiel, de ses besoins. Puis, l’élève va être très au courant de la progression des apprentissages et du programme de formation, des attentes qu’on a par rapport à lui et là, l’élève va choisir des projets. Comme si on avait une grande boîte de projets, puis là l’élève va choisir mais n’est pas tenu de faire ça dans un ordre précis. Il y a souvent des notions qu’on doit voir avant une autre, mais pas toujours, nécessairement. Puis, on veut aussi beaucoup axer sur les projets interdisciplinaires parce que si l’élève est capable de faire un gros projet qui va combiner, justement, le français, les mathématiques, puis l’univers social, à ce moment-là, l’élève va travailler, s’acharner sur un seul projet, se donner pour ce projet-là, puis il va même apprendre à faire des liens entre les matières. C’est un apprentissage qui n’est pas nécessairement facile à l’adolescence, ce transfert-là parce qu’on a toujours vécu, à l’école, dans un système en silos. Là, justement, l’élève va pouvoir faire un projet où il va intégrer tout ça. Il va s’intégrer dans la société. On veut rendre ce projet-là très concret puis, ensuite, à la lumière des critères d’évaluation des trois matières, par exemple, là on va évaluer le projet de l’élève. Mais, l’élève, au lieu de faire trois projets, il va en avoir fait un, mais qui va être de plus grande envergure.

Aimy :

Fait que l’idée, c’est de se dire, on arrête de dire : je suis en math, je suis en français…

Jessica :

Exactement.

Aimy :

… je suis en chimie. Je suis en train de faire un projet, puis ça adonne que j’ai utilisé les connaissances que j’ai trouvées dans tout ça.

Jessica :

Exactement.

Aimy :

J’entends cette espèce d’amalgame de connaissances, puis j’entends beaucoup la notion du choix, aussi. Vraiment, je parlais l’autre fois avec quelqu’un qui a un enfant à la garderie, puis à la garderie, on lui disait : Ici, on a une approche où est-ce qu’à l’heure du repas, on donne à l’enfant son dessert, son repas, sa boisson, puis l’enfant, il décide dans quel ordre il mange ça. L’important, c’est juste qu’il mange un peu. On est un peu là-dedans : Fais ta propre salade, décide ce que tu vas y mettre, tant qu’au final, tu as atteint les connaissances et les compétences qu’on veut évaluer.

Jessica :

Exactement.

Aimy :

On est en hyper clash avec le reste du système scolaire québécois ou est-ce que je me trompe?

Jessica :

En fait, le système… Là, on a le système à l’origine, on a le programme de formation de l’école québécoise et on a l’organisation scolaire. Tout ça ne fonctionne pas nécessairement bien ensemble, dans le sens que, si on regarde seulement le programme de formation de l’école québécoise, il est d’avant-garde. Il est extraordinaire, notre programme et j’entendais même un conférencier, on entend beaucoup parler de la Finlande, à quel point ils révolutionnent le système d’éducation puis que ça fonctionne bien. Mais, ce conférencier-là, qui est Finlandais, avait dit : Nous, on a copié le programme de formation de l’école québécoise puis on l’a implanté en Finlande. Nous, ça a été l’implantation qui a été problématique dans un contexte d’organisation scolaire qui impose des contraintes puis une façon de vouloir revenir aux objectifs qu’il y avait dans le temps du vieux programme. Comme si, parce que l’idée derrière le programme, elle est excellente.

Aimy :

Si tu nous donnais un exemple concret? Où est-ce qu’on cherche à revenir à l’origine?

Jessica :

Dans l’apprentissage, puis là, je ne veux rien généraliser, mais on demande un exemple et je donne un exemple.

Aimy :

On vulgarise.

Jessica :

C’est ça. Bon, là, on a, par exemple, un contenu en mathématiques. On a un enseignant, qui va enseigner le contenu en mathématiques en montrant aux élèves comment faire la procédure. Là, on a un élève qui apprend la procédure et ensuite, va répondre aux questions d’un examen en suivant les procédures. On va avoir des points attribués à chacune des étapes de cette procédure-là. Puis après ça, on a une élève qui comprend bien les points parce que je l’ai bon, j’ai deux points. Ça, ça comptait pour quatre points, je l’ai bon, j’ai quatre points. Ça, je ne l’ai pas, ça comptait pour trois points, alors j’ai moins trois. Là, on a des parents, ensuite, qui regardent ça, qui ont vécu dans ce système-là et ils comprennent ça. Ils sont contents parce qu’ils ont une compréhension du système.

Aimy :

Une grande cohérence, là. Les parents, l’enfant, tout le monde fait le même truc. Ça y est, tout le monde est heureux.

Jessica :

Tout le monde comprend. Voilà. Hors, notre programme de formation de l’école québécoise a voulu justement enlever ces pondérations-là et enlever, justement, cet apprentissage de, on a un contenu, on transmet de façon magistrale l’apprentissage de ce contenu ou de façon explicite, en faisant des exercices. Ensuite, ce qu’il veut, le programme de formation, c’est de vraiment, d’amener l’élève à comprendre au-delà, de devenir compétent, pas connaissant, mais à devenir compétent. Donc, à voir de façon beaucoup plus globale. Puis, il inclut les compétences méta-cognitives de l’élève, pour que l’élève soit en mesure de savoir qui il est, d’être capable de se comprendre, de savoir c’est quoi ses forces et faiblesses et de faire des choix en fonction de chacune de ces matières-là de manière un peu, je ne dirais pas clairvoyante, mais au moins, évidente. Et justement, ensuite, quand on met à l’élève parce que vraiment, honnêtement, on a des outils qu’on utilise et on a l’impression qu’un examen, c’est un outil qui est parfait. Mais, l’examen comme tel, c’est un être humain qui l’a créé cet outil-là. Ce n’est pas parce qu’on met des points puis que c’est clair, que ce n’est pas nécessairement bon ou que c’est mieux. Entre 77% et un 78%, j’aimerais ça que n’importe qui puisse nous expliquer, vraiment, dans la compétence de l’élève, qui est mieux. Là, on est en train d’évaluer ce que l’élève, à ce moment-là, a représenté.

Aimy :

A répondu…

Jessica :

Mais, il suffit que l’élève a toussé ce matin-là puis qu’il était plus ou moins ou qu’il y a une mini distraction et qu’il a oublié de mettre une virgule, est-ce que l’élève est vraiment moins compétent? Alors là, ce qu’on évalue, ce n’est pas nécessairement toujours la bonne chose. Tandis que l’enseignant qui voit l’élève travailler, qui est capable d’avoir une rétroaction de comment l’élève comprend, de comment l’élève réfléchit, à ce moment-là, on va donner des cotes de compétence. Donc, un élève qui se démarque, qui est vraiment au-delà, qui répond aux attentes, mais qui dépasse les attentes. Un enseignant a une expertise et l’enseignant, comme il en voit beaucoup d’élèves, est capable de déceler ces élèves-là. Est-ce qu’il est capable de dire est-ce qu’il vaut 77, 78, 82, là on… Puis, oui on fait des examens quand même parce qu’on collecte toutes sortes de traces. Mais, au bout du compte, quand on arrive dans un bilan, c’est pas juste un calcul mathématique arbitraire. Puis, moi ce qui me désole, c’est quand j’entends des enseignants qui disent : C’est vraiment plate, l’élève a eu 82, mais il ne vaut pas ça! Mais si l’élève ne vaut pas ça, pourquoi il a eu ça? Accident de parcours. Bien, un enseignant n’est pas en train d’être un mathématicien, en fait, même pas un mathématicien, mais n’est pas en train, seulement, de produire un résultat mathématique à force de combiner des notes. Il est là pour poser un jugement professionnel sur l’état de développement de compétences des élèves. Alors, à ce moment-là, s’il ne vaut pas ça, bien on ne lui met pas ça.

Aimy :

C’est comme de se donner les moyens pour pouvoir faire cette évaluation-là de manière, j’ai envie de dire, humaine, j’ai envie de dire, globale.

Jessica :

Vraiment.

Aimy :

On est un peu là-dedans?

Jessica :

Oui. Mais, en même temps, c’est difficile à saisir et c’est difficile à comprendre parce que tout le monde a son passé et comme ce passé-là était basé sur un ancien programme de formation, on n’est pas prêts à changer.

Aimy :

Il y a comme quelque chose, un peu, c’est des racines, hein? Ça a toujours été comme ça et si je ne la comprends plus, l’évaluation de mon enfant, comment je fais pour l’aider?

Jessica :

Exactement. Puis, en même temps, on dirait que chaque parent se sent un expert en éducation parce qu’il a été à l’école.

Aimy :

Parce qu’il est passé par là…

Jessica :

Exactement. Puis je donnais une espèce de métaphore aux parents en disant : Ce n’est pas parce que vous conduisez une voiture que vous êtes nécessairement capables de comprendre toute la mécanique automobile qu’il y a en-dessous de cette voiture-là. Vous êtes un utilisateur. Dans le système d’éducation, vous avez été un utilisateur. Mais, il y a une expertise qui est à développer parce que, quand on enseigne, on sous-estime, je pense, la nature du travail des enseignants parce que les enseignants doivent vraiment essayer de comprendre comment fonctionne chacun de ces petits cerveaux-là. Il y a des généralités, mais ils ont des particularités. Il faut qu’ils arrivent, justement, à vulgariser à l’élève une façon qui, pour lui, va l’amener à devenir plus compétent dans quelque chose. Donc, il y a quelque chose de très psychologique dans ce que les enseignants doivent faire et c’est la même chose parce que juste l’art d’évaluer, j’appelle ça un art parce que c’est d’une complexité, mais qu’on essaie de ramener ça à quelque chose de compréhensible.

Aimy :

Puis de faisable.

Jessica :

Oui.

Aimy :

Quand on parlait d’organisation puis dans la réalité, ils sont trente dans une classe et ils sont plus parfois. Il faut que je vulgarise pour chacun des petits cerveaux. Il faut que j’évalue pour chacun des petits cerveaux aussi et il faut, au final, que tout le monde en sorte le plus gagnant possible.

Jessica :

Exactement.

Aimy :

Ça m’amène à ma prochaine question, qu’est-ce que tu dirais qui est ton plus grand défi, dans ce projet, mais aussi dans ton travail? Si, admettons que je te pose les deux questions, par rapport au projet, c’est quoi ton plus grand défi actuel?

Jessica :

Par rapport à la formule Flex, je dirais que le plus grand défi parce que là, on est à un moment, je dirais, charnière parce qu’on va implanter le projet-pilote l’an prochain. Donc, le plus grand défi, je pense qu’il réside dans la qualité de ce qu’on va être capable d’implanter. En même temps…

Aimy :

Pardon, je t’interromps, un peu comme ce que tu me décrivais, l’idée du plan scolaire québécois était géniale, l’implantation a été difficile, on en est là pour la formule Flex aussi?

Jessica :

Exactement, parce que la réflexion, elle a été faite. Elle s’appuie sur ce qui se fait partout dans le monde. On n’est pas en train de réinventer le monde, mais on le fait à notre image. Donc, cette implantation-là, comment elle va se vivre concrètement, c’est le défi qu’on va avoir pour l’année prochaine.

Aimy :

Puis, dans ton travail?

Jessica :

Dans mon travail, vraiment c’est d’amener les gens à évoluer dans un système où c’est difficile d’évoluer parce que, comme je disais tout à l’heure, tout le monde a son passé, tout le monde a une conception. Alors là, il faut briser des conceptions et il faut que les gens voient cette différence, voient la plus value et voient la portée de ça concrètement, tout en tenant compte de leur individu et des relations avec les autres, de la compréhension des autres, des relations humaines qui vont jaillir, je dirais et il y a tout le côté émotif, parce qu’on est dans l’émotion. On est en train de parler d’êtres humains en éducation.

Aimy :

Quand tu dis l’évolution c’est, dans ce contexte, l’évolution c’est d’accepter le changement?

Jessica :

Oui. C’est d’accepter le changement et c’est d’accepter que ce n’est pas parce que nous, comme adultes, on est passés par quelque chose, au final, on s’en est sortis et on est devenus des adultes. Pourquoi changer? Ça a fonctionné pour moi, pourquoi ça ne fonctionnerait pas pour mon enfant?

Aimy :

Ce n’est pas parce que je ne connais pas ça que ce n’est pas bon.

Jessica :

Exactement.

Aimy :

Donc, d’oser. Oser aller vers cette voie un peu méconnue ici, pour l’instant. Jessica :

Vraiment.

Aimy :

Donc, ton challenge, concrètement, on se disait tout à l’heure, tu es à la deuxième ligne, donc tu travailles avec les directeur adjoints et tu travailles avec les enseignants dans la structure de la pédagogie. Ça peut ressembler à quoi, comme type de challenge dans, on s’entend là, c’est une foulée énorme qu’on ne retrouve pas partout. Donc, de la résistance, il doit y en avoir, oui, au niveau des parents, au niveau des jeunes, mais aussi à l’interne. Ça peut ressembler à quoi, ces défis-là?

Jessica :

En fait, le défi, c’est un grand défi de communication et de mobilisation. Comment amener les gens et en même temps, justement, je ne crois pas détenir la vérité. Je ne veux pas les amener où moi je veux les amener. Je veux les amener où eux avec leur expertise, vont réaliser qu’il y a une plus value à s’en aller ailleurs.

Aimy :

Fait que, j’ai une vision, j’ai fait une recherche, j’ai tiré des conclusions et j’ai une idée. Voulez-vous essayer? On est un peu là-dedans.

Jessica :

Voulez-vous vous lancer.

Aimy :

Vous aussi, vous allez oser.

Jessica :

Exactement. Puis j’ai l’impression, encore une fois, que c’est rarement, particulièrement, je pense que j’ai quand même la chance d’être dans une école assez ouverte avec des enseignants qui sont très compétents et qui veulent beaucoup. Donc, je pense que ce n’est pas une question de mauvaise foi. Ce n’est jamais une question de manque de volonté.

Aimy :

Donc, on est avec des gens qui partagent ces idéaux-là.

Jessica :

Exactement. Mais, l’enjeu c’est le temps parce qu’on voudrait tellement bien faire. On voit qu’on veut faire ça d’une manière différente, mais en même temps on manque de temps parce que réinventer la vie, réinventer le monde, c’est exigeant.

Aimy :

Puis j’ai 180 jours dans une année.

Jessica :

J’ai 180 jours dans une année scolaire. J’ai des journées pédagogiques remplies, j’ai de la correction et en même temps, ça fonctionnait l’année passée. Donc, je vais essayer de l’arranger, mais de là à dire, je fais table rase et je recommence, quand au bout du compte, ça a fonctionné quand même. Donc, c’est vraiment un enjeu de…

Aimy :

Il y a un va-et-vient.

Jessica :

Oui.

Aimy :

Puis, à l’inverse, qu’est-ce qui est le plus valorisant dans ton travail?

Jessica :

C’est vraiment le sentiment. C’est peut-être égocentrique là, mais ce que je trouve valorisant, pour moi, c’est d’avoir le sentiment que tout ce que je fais c’est pour l’avenir. C’est pour préparer plein d’êtres humains à devenir les adultes de demain. C’est comme une espèce d’œuvre qui va être le moteur et qui va, au bout du compte, faire en sorte que les jeunes vont avoir ce qu’il faut pour changer le monde. C’est de semer des étincelles. Donc, si on est capables, puis moi, mon travail, c’est en fait parce que moi, comme je ne suis pas en contact directement avec les élèves, ce qui manque parfois quand même parce que ces étincelles-là on ne les a plus directement. Mais, j’essaie de me dire qu’en mettant toute une structure, un cadre, qui enlève le plus d’irritants possibles aux enseignants, ça va leur permettre à eux de faire encore mieux leur travail, donc de créer encore plus d’étincelles chez les élèves. Donc, c’est cette espèce de pérennité de la société que je vois dans mon travail et c’est pour ça que je me lève chaque matin.

Aimy :

C’est beau!

Jessica :

Concrètement, peut-être que je vais juste faire un horaire aujourd’hui mais, moi, quand je me lève, c’est pour la société de demain.

Aimy :

C’est la raison d’être, hein? De forger quelque chose qui va servir à une masse, à plusieurs personnes puis à long terme.

Jessica :

Oui.

Aimy :

Parfait. Tu disais tout à l’heure en souriant un peu, parfois ça me manque cette étincelle-là d’être, parfois ça me manque de voir cette étincelle-là directement chez les jeunes, j’en comprends que, bien sûr, tu étais prof avant d’être directrice?

Jessica :

Effectivement.

Aimy :

Veux-tu nous parler un peu de ton parcours, de ton cheminement? Qu’est-ce qui t’a mené à devenir directrice d’école?

Jessica :

En fait, j’ai l’impression que, ce qui m’a menée là, c’est la vie elle-même. Ce n’était pas un choix et je ne me définis tellement pas comme une personne ambitieuse et souvent, les gens ont une impression que, quand tu es directeur, c’est parce que tu avais une ambition de te rendre là. Hors, moi j’ai plus l’impression que c’est un accident de parcours.

Aimy :

OK. Un heureux accident?

Jessica :

Oui, un heureux accident. Donc, j’étais enseignante et j’enseignais la musique, j’enseignais l’art dramatique et en début de carrière, j’ai enseigné toute sorte d’autres choses. Mais, j’adorais ce que je faisais et à aucun moment je me suis dit: je veux m’en aller dans cette direction. À aucun moment, je me suis dit : je suis tannée d’enseigner. Au contraire, j’adorais encore ce que je faisais. Mais, c’est la direction de l’école où est-ce que j’étais qui m’a un peu sollicitée. On m’a invitée à poser ma candidature pour un poste de direction adjointe qui s’ouvrait à l’école.

Aimy :

On a vu un potentiel chez toi.

Jessica :

Je suppose. En même temps, moi, à ce moment-là, c’était : Ah! Bien, pourquoi? Je n’ai pas envie de lâcher mes élèves, ça a tellement l’air plate d’être dans les bureaux. Alors, je n’avais pas nécessairement envie de ça. Mais, ma vie personnelle, en fait, faisait en sorte que j’avais comme le goût d’avoir un défi et le défi, je l’ai vu plus dans : je vais faire un CV. Je vais faire une entrevue parce que, quand je suis sortie de l’école, je n’ai jamais fait d’entrevue. J’ai fait mon stage, on m’a embauchée tout de suite après mon stage dans l’école. Je n’avais jamais fait un CV.

Aimy :

Il y avait comme une grande ligne droite, là.

Jessica :

Effectivement. Alors, comme je n’avais jamais fait ça, je me suis dit : Ah bien je vais essayer. Je vais voir c’est quoi, faire un CV, faire une entrevue. Alors, c’était vraiment pour ça que je l’ait fait. Mais là, j’ai eu le poste. Alors, j’étais comme coincée parce que je ne le voulais pas. Mais, en même temps, je ne voulais pas leur avoir fait perdre leur temps. Alors, je me suis mis le doigt dans l’engrenage en voulant jouer à un jeu et j’ai été prise avec ça parce que je ne voulais pas décevoir non plus. Hors, si j’avais été malheureuse dans ce travail-là, j’aurais demandé de redevenir prof. Mais là, j’ai vraiment beaucoup aimé ce travail-là parce qu’autant avec les élèves, ce qui était le plus stimulant c’est le contact avec les élèves, c’est ces étincelles-là, c’est ces relations humaines-là, mais au niveau intellectuel, j’avais moins de challenge. Avoir des discussions avec des enfants de 12 à 17 ans, c’est intéressant. Mais, au niveau intellectuel d’adulte, c’est autre chose. À ce moment-là, j’ai comme vu, parce qu’en même temps, ça m’a amenée à faire un retour aux études. Il a fallu que j’aille faire ma maîtrise pour pouvoir, j’ai eu le poste sous condition de faire ma maîtrise, donc je faisais les deux en même temps et là, je pense que c’est la première fois que j’aimais aller à l’école. Au départ, quand je suis allée en enseignement, c’est parce que je n’avais pas aimé mon expérience à l’école et que je me suis dit : je veux donner une plus belle expérience aux futurs élèves.

Aimy :

Alors, déjà, dans ce temps-là, on avait cette vision-là.

Jessica :

Oui, de vouloir changer quelque chose au système parce que moi, je ne l’aimais pas le système quand moi j’y ai passé.

Aimy :

Moi, je veux le rendre meilleur!

Jessica :

Oui, puis là, au départ, c’était avec les relations avec les élèves. Ensuite, là, j’ai vraiment aimé retourner à l’école, mais à la maîtrise. Là, j’ai trouvé, pour une première fois, que c’était stimulant d’aller à l’école. Je venais de trouver ma zone proximale de développement à moi, tandis que le restant de mes études, je ne l’avais jamais vraiment trouvé. Bref, là j’ai trouvé des défis qui étaient plus d’adulte à adulte. J’ai comme compris le monde adulte, à ce moment-là. Comme si je n’étais jamais embarquée dans le monde adulte.

Aimy :

Tu avais quel âge, à ce moment-là?

Jessica :

J’avais 30 ans.

Aimy :

C’est intéressant parce que, parfois, on a l’impression qu’on devient un adulte à 18 ans, mais pas nécessairement, hein?

Jessica :

Pas nécessairement. En fait, je dirais même que, quand j’ai commencé à enseigner, j’avais 20 ans. Ce qui est quand même jeune. J’avais des élèves de 17 ans. Puis, à ce moment-là, j’avais le sentiment que mes élèves me ressemblaient plus que mes collègues. Mes collègues, je les voyais plus comme des parents : ah! Ils sont donc bien fatigants. Ils nous mettent toujours des bâtons dans les roues. C’était vraiment… Mais, avec le recul, je sens quand même que je n’étais pas prête à enseigner à ce moment-là (rire).

Aimy :

Cette notion de soudainement devenir une adulte, elle était sous plein de plans, tant personnel que professionnel.

Jessica :

Oui.

Aimy :

OK. Donc, tu es devenue directrice adjointe, un peu par hasard. Ça t’a plus, tu y a pris goût, tu es restée et éventuellement, de fil en aiguille, tu es devenue directrice des services pédagogiques, c’est ça que je comprends?

Jessica :

Oui, comme ça, mais encore une fois, je n’ai pas voulu changer d’école. J’étais tellement bien dans le travail que je faisais à ce moment-là mais, bon, j’ai reçu dans ma boîte courriel parce que je n’étais pas à la recherche à ce moment-là, dans ma boîte courriel, l’offre d’emploi parce que c’est quelqu’un qui me connaissait et qui, en lisant cette offre-là, a pensé à moi. Alors, je l’ai lue parce que je lis mes courriels et effectivement, ça m’a surpris parce que j’avais l’impression qu’il y avait mon nom en dessous de la description, dans ce qu’ils recherchaient comme personne. Je me voyais complètement. Je me suis dit encore une fois : on verra bien.

Aimy :

Je vais tenter ma chance.

Jessica :

Je vais tenter ma chance et c’est la vie. De toute façon, si je ne l’ai pas, tant mieux parce que j’aime ça où est-ce que je suis mais, en même temps, mon CV est déjà fait. Comme il avait été fait (rire), alors là j’ai voulu tenter ma chance puis ça m’a bien servie.

Aimy :

Ça t’a amenée où tu es aujourd’hui.

Jessica :

Ça m’a amenée là.

Aimy :

OK. Si on fait un parallèle.Si on voit cette notion d’évolution que tu cherches à amener, on voit aussi l’évolution du parcours scolaire de la formule que tu es en train d’élaborer. Si on pense à tes tâches, ce que tu fais actuellement, comment tu penses, concrètement, que ton métier va évoluer dans les 10, 15, 20 prochaines années?

Jessica :

J’ai l’impression qu’au niveau technique, il y a probablement des choses qui vont changer.

Aimy :

À cause des avancées technologiques?

Jessica :

À cause des avancées technologiques parce que l’organisation des structures, l’utilisation d’outils pour optimiser l’efficacité du travail, je parle, pour faire des horaires, pour générer, on parle juste des bulletins, avant ou après. Le portail informatif informatisé, par exemple, ça a été changé mais, en même temps, j’ai l’impression que la nature même du travail ne changera pas.

Aimy :

Fait que des tâches cléricales, un peu, qui pourraient se simplifier?

Jessica :

Exactement.

Aimy :

Puis, quand tu dis la nature même du travail, je ne pense pas qu’elle va tant changer, quelle tâche tu penses qui se maintiendrait?

Jessica :

Tout ce qui a un lien avec la gestion du personnel.

Aimy :

Tout ce qui est humain?

Jessica :

Tout ce qui est humain. En fait, la pédagogie, on est toujours en train de se questionner. Les solutions qu’on va trouver vont devoir être plus créatives, vont devoir être innovantes, que ce soit au niveau organisationnel ou au niveau humain. Mais, j’ai donc l’impression que le travail, si je me projette dans 20 ans, je vais faire des choses qui sont plus efficaces. Mais la relation que je vais entretenir avec l’élève, avec le parent, avec l’équipe d’enseignants, ça va rester la même chose.

Aimy :

Comme si, tout ce qui va être humain, tout ce qui va être de jaser avec les gens, de discuter avec les gens, de voir qu’est-ce qu’ils vivent, de régler des problèmes d’humains, ça va se maintenir?

Jessica :

Oui.

Aimy :

La façon de faire tout le reste autour, toute la poutine, ça pourrait être, peut-être, plus facile, plus rapide, donc, peut-être plus de temps?

Jessica :

Probablement. Il y a la notion de distance, aussi. On va voir à quel point les relations humaines vont rester, j’imagine, parce qu’il y a un aspect, je pense qu’on doit chérir. Ce contact-là, humain, physique, est important. Mais, en même temps, il y a une partie à distance qui va prendre de plus en plus de place, je crois.

Aimy :

Ça fait comme partie du reste de cette réflexion, hein? Même dans 20 ans, on aura encore à chercher à faire coller le plus possible notre façon d’enseigner avec les gens à qui on enseigne?

Jessica :

Oui.

Aimy :

On est là-dedans. C’est très intéressant. Dernière question, dans cette grande série de question : si je te demandais, si tu rencontrais quelqu’un qui était intéressé par ce que tu fais, qu’est-ce que tu lui conseillerais de faire dès aujourd’hui?

Jessica :

Quelqu’un qui ne fait pas mon travail, mais qui pourrait être intéressé?

Aimy :

Exact.

Jessica :

Qu’est-ce qu’il pourrait faire? Moi, je lui suggérerais de faire un stage ou en tout cas, de questionner des personnes qui font ce travail-là. Vraiment, de faire un stage, ça allume vraiment sur ce que c’est, concrètement. C’est tellement difficile, même comme prof. Je me souviens, quand moi j’étais prof parce que forcément, il faut que ce soit un enseignant qui pourrait avoir cette aspiration-là parce que c’est nécessaire, à mon sens, d’avoir été enseignant pour ensuite faire de la gestion en enseignement. Mais, on rencontre toujours un mur entre ce qu’on voyait, comme enseignant, de la direction, et faire le travail de direction. Ce mur-là, on le rencontre soit quand on change, sinon quand on fait un stage. Nous, on l’offre, à l’école, les stages en direction pour les enseignants et vraiment, j’ai le sentiment que ça répond. Ça donne une idée, un aperçu de ce que ça peut être, concrètement. Il y a des gens qui vont savoir, à la fin du stage, c’est pour moi, ce n’est pas pour moi ou ce n’est pas pour moi maintenant.

Aimy :

Donc, d’aller voir c’est quoi ce gap entre ma vision de la chose et ma réalité?

Jessica :

Oui, c’est très différent et je pense que, quand on n’est pas dedans, on ne le voit pas.

Aimy :

Sur ces belles paroles, Jessica Valence, merci beaucoup. Ça a été super intéressant.

Jessica :

Un grand merci à toi aussi.

Aimy :

Merci à notre invitée et merci à vous d’avoir écouté cet épisode des Portraits professionnels. Pour plus de détails sur cette profession, visitez notre site internet au www.saltoconseil.com.