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COMÉDIENNE

AVEC AURÉLIE MORGANE

Mai 2022 | Musique et montage par Alex Andraos

Aurélie Morgane est comédienne et chanteuse. Pour certains, elle est la voix de la Reine des neiges, pour d’autres un visage familier de VRAK TV. Dans l’épisode, Aurélie nous décrit son quotidien hyper varié, les défis et les plaisirs de son industrie et elle se prête même au jeu et nous montre un exemple de comment elle peut complètement moduler sa voix pour incarner différents personnages dans ses mandats de doublage.

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Comédienne

AVEC AURÉLIE MORGANE

Aimy :

Bonjour et bienvenue aux portraits professionnels, le balado où on tente de clarifier différentes professions du marché du travail. Aurélie Morgane est comédienne et chanteuse. Pour certains, elle est la voix de la Reine des neiges, pour d’autres un visage familier de VRAK TV. Dans l’épisode, Aurélie nous décrit son quotidien hyper varié, les défis et les plaisirs de son industrie et elle se prête même au jeu et nous montre un exemple de comment elle peut complètement moduler sa voix pour incarner différents personnages dans ses mandats de doublage. Aurélie Morgane, bonjour!

Aurélie :

Bonjour!

Aimy :

Tu vas bien?

Aurélie :

Très bien, merci!

Aimy :

Alors, on se rencontre aujourd’hui pour jaser de ton travail. Veux-tu nous dire comment tu te présentes professionnellement?

Aurélie :

Donc vraiment comme comédienne et récemment chanteuse, oui, mais de base comédienne, c’est vraiment ça mon principal champ d’activités, mais depuis un petit moment j’ai commencé à faire de la musique pour enfants, puis depuis que j’ai enregistré un CD, on dirait que je n’ai plus le choix! Je peux dire que je suis chanteuse! J’ai du mal à m’affirmer comme chanteuse parce que je me sentais un peu imposteur. Je n’ai pas vraiment de formation là-dedans, mais je pense que je peux commencer à dire comédienne et chanteuse!

Aimy :

Excellent! Je suis contente de commencer avec cette question-là. Ça a l’air de base, puis ça a l’air tout simple, mais je t’avoue qu’avant qu’on se rencontre, j’ai été fouiner un peu puis là j’ai lu sur toi, puis là je suis allée voir en ligne et j’étais comme : Mais comment est-ce qu’elle s’identifie? Parce que j’ai vu un paquet d’affaires. J’ai vu de la télé, j’ai vu du cinéma, j’ai vu du théâtre, j’ai vu du doublage, j’ai vu des trucs pour enfants aussi, donc là je me dis : Ok là il y a comme un éventail d’à peu près… puis j’ai vu que tu es flûtiste aussi!

Aurélie :

Oui!

Aimy :

Ça fait que j’ai vu un peu tout ça puis je me disais : Ok, comment on nomme ce type d’artiste-là? Donc là tu me le dis donc : Comédienne chanteuse.

Aurélie :

Bien comédienne en fait c’est que tout ce que tu vois, je peux tout le faire sur scène, que ce soit chanté, que ce soit faire de la flûte, donc c’est vraiment, je suis vraiment artiste d’art vivant là, artiste scénique. Comme comédienne, je peux un peu avoir tout ça si on veut. On dirait que si je me présente comme flûtiste, je vais être tout de suite cataloguée : Bon, elle fait de la musique… mais en fait, bien, je fais des spectacles! Donc c’est ça le truc majeur, puis effectivement j’ai plein de cordes à mon arc là! (rires)

Aimy :

Excellent! Donc OK, admettons qu’on n’était pas en pandémie mondiale puis qu’il y avait encore des “partys”! Admettons que tu es dans un party et que tu rencontres quelqu’un : Salut moi c’est Aurélie, je suis comédienne, comédienne chanteuse. Qu’est-ce que les gens imaginent que tu fais de tes journées?

Aurélie :

En fait, souvent les gens vont dire : « Tu joues dans quelle émission? ». Tu sais, on dirait qu’on associe comédienne à la télévision. Les gens ne sont pas conscients ou en tout cas quand ils posent la question, ils oublient qu’il y a un paquet de trucs qu’on peut faire! Des fois on n’est pas dans la lumière, admettons comme dans le doublage, ce que je fais beaucoup. On ne nous voit pas, mais on est quand même comédienne, donc je pense que les gens ils imaginent qu’on va travailler, on va sur un plateau de tournage puis on fait des émissions… mais tu voulais savoir c’était quoi en fait ma réalité, finalement?

Aimy :

Oui oui!

Aurélie :

Donc les journées ne se ressemblent pas! C’est ce que j’adore vraiment de mon métier. Les semaines ne se ressemblent pas. Des fois je peux faire un spectacle, donc je vais être vraiment juste là-dedans dans les répétitions pendant plusieurs mois puis ça va être ça le truc le plus important de ma vie, mais des fois je n’ai pas de spectacles, donc là ça va être du doublage. Je me lève, puis en fait il faut vraiment que je regarde mon agenda parce qu’en plus j’ai une agente qui met les trucs dans mon agenda donc je ne sais jamais vraiment ce que je vais faire si je ne le regarde pas. Donc c’est très varié, c’est vraiment au jour le jour, que ce soit du doublage, du théâtre, de la télé, de la pub, c’est… il n’y a aucune routine!

Aimy :

OK, OK! Alors là il y a toute cette espèce d’éventail de choses que tu sais faire, que tu fais, puis je reviens deux secondes à la question que tu dis que les gens te posent : « OK, mais tu es dans quelle émission, tu sais, quand est-ce que j’ai vu ta face? ». Est-ce que ça t’arrive que les gens te reconnaissent ou ils te replacent?

Aurélie :

À l’époque plus parce que j’ai fait beaucoup de télé. Ça fait déjà quelques années j’avais un rôle principal à VRAK TV donc surtout pour la jeunesse, puis là je me rappelle, quand j’allais voir un spectacle, les gens se retournaient : « C’est la fille de… ». Là ça commence à faire un petit moment déjà! Non les gens ne me reconnaissent pas, puis je ne peux pas dire que c’était désagréable. Il y a des gens qui n’aiment pas trop se faire remarquer, mais je trouvais même à la limite que c’était sympathique, c’est beaucoup de l’amour. Les gens en général ne disaient pas : « Ah je ne l’aime pas. », tu sais, ils étaient plus contents : « Ah je la vois enfin! ». Donc… mais ce n’est pas quelque chose qui me manque non plus. J’aime bien pouvoir être incognito aussi là donc, non, ça n’arrive plus.

Aimy :

Est-ce que des fois les gens reconnaissent ta voix? Comme dernièrement j’ai dit à quelqu’un : « Ah bien là je suis super excitée là, je vais interviewer la Reine des neiges. Les gens étaient comme : « La vraie, comme avec les cheveux? », puis j’étais comme : « Non, l’Actrice qui fait le doublage », mais est-ce que ça arrive qu’on fasse le lien même avec le doublage?

Aurélie :

C’est très rare dans mon cas, puis là je ne veux pas trop me flatter puis avoir l’air tête enflée, mais j’essaie de vraiment changer ma voix. C’est vraiment quelque chose, un travail qui me plait. Je suis beaucoup justement dans le chant, dans la musique, j’ai une bonne oreille, donc j’essaie vraiment de changer, de faire toutes sortes de personnages différents. Surtout en dessins animés, on peut vraiment se permettre de faire des voix complètement éclatées, donc c’est un travail qui me passionne. Il y a des gens qui vont plus garder leur voix, qui ont peut-être moins une tessiture, en tout cas je ne sais pas trop ou ça les intéresse moins. Moi c’est quelque chose qui me plait de vraiment changer ma voix, donc à chaque fois qu’on ne me reconnait pas c’est comme une petite fleur puis je me dis : « Yes j’ai réussi! ». Tu sais si on me reconnaissait je trouve que j’aurais un peu raté ma mission parce que ce n’est pas Aurélie le personnage. Il faut que je me fonde dans la voix de tous les personnages que j’incarne, donc c’est rare qu’on me reconnaisse et j’en suis très contente!

Aimy :

Et c’est tant mieux!

Aurélie :

Oui (rires).

Aimy :

OK OK! Donc si j’en reviens à ton quotidien professionnel. Tu me disais : Bien, ça va vraiment dépendre. Ça peut être un paquet de tâches, puis là je regarde mon horaire puis bon, je m’en vais voir tout ça. J’entends qu’il y a comme un certain besoin de diversifier tes activités. C’est comment pour toi d’avoir à user de cette flexibilité-là, d’être capable de faire toutes ces choses, puis de ne pas dire : « Ah bien moi c’est la scène puis ce n’est rien d’autre! », par exemple.

Aurélie :

Bien en fait, déjà quand j’étais jeune, ma mère a vraiment été super géniale avec moi de m’offrir un paquet de cours! J’ai fait des cours de flûte traversière, j’ai fait des cours de gymnastique ; J’ai toujours aimé en fait faire plein de choses, puis j’ai eu la chance d’être fille unique et d’avoir une maman très aimante qui m’a vraiment permis de développer toutes ces choses-là, donc c’est quelque chose qui a vraiment fait partie de moi de toucher un peu à tout. C’est sûr que ce n’est pas toujours évident de garder tout actif. Comme si tu demanderais là de faire un rondin de flips là (rires), j’aurais plus de mal parce que ça fait longtemps que c’est de côté! Remarque qu’on peut quand même me le demander dans un spectacle de faire quelque chose d’un peu plus acrobatique, un peu plus physique, mais il faudrait que je me ré-entraîne. Donc j’essaie de garder quelques petites choses comme la flûte, d’en faire un petit peu tout le temps. Chanter, là en ce moment je suis beaucoup dans le chant parce qu’il y a plein d’opportunités de chant en ce moment qui se sont présentées donc je garde ça actif, mais c’est sûr que ça peut être un défi des fois de tout maîtriser… mais souvent en fait je vais avoir le temps. Si je dois mettre un côté de moi de l’avant dans un spectacle, je vais avoir le temps quand même de redévelopper, de repousser un petit peu là-dedans, mais c’est quelque chose qui me plait. J’aime vraiment le côté non-routinier, puis de replonger justement dans toutes sortes de qualités.

Aimy :

Hmmm, c’est non routinier, mais en même temps j’entends quand même un certain genre de discipline, hein? Même si ça fait un moment qu’on ne m’a pas demandé de jouer de la flûte, bien je vais continuer de pratiquer, tu sais. Je ne veux pas le perdre.

Aurélie :

Idéalement! Idéalement, mais c’est dur quand il n’y a pas un objectif. Puis tu sais, ce que j’ai trouvé vraiment intéressant dans le Covid justement, c’est que là on avait des choses… la vie s’est arrêtée un peu, puis je n’avais plus d’objectif. Puis c’est la première fois de ma vie où j’ai été confrontée à : « Qu’est-ce que tu vas faire? Est-ce que tu vas continuer de faire des trucs artistiques en soi, pour le plaisir de le faire, pour l’envie de créer? » Et puis je me suis rendue compte que oui en fait. J’ai continué à être active puis de ressortir ma flûte, me mettre à composer des chansons, alors que je n’avais aucune idée! Je ne sais même pas encore s’il va y avoir des spectacles. Donc c’était vraiment par… je me suis rendue compte que c’est donc effectivement une passion pour moi de garder tout ça actif, parce que je le fais même s’il n’y a pas de…

Aimy :

C’est au-delà du travail!

Aurélie :

Oui, oui!

Aimy :

OK! Donc je reviens à tout à l’heure : J’ai eu la chance en tant que petite fille de pouvoir essayer plein d’affaires, puis de toucher à différentes formes d’art puis m’en approprier certaines. Si je recule en arrière : Si on regardait Aurélie au primaire, au secondaire, tu te décrirais comment comme élève dans le temps?

Aurélie :

J’étais extrêmement timide, mais maladivement gênée là, vraiment vraiment. La bonne petite fille sage qui veut être parfaite puis qui fait tout ce qu’on lui demande. Je n’avais pas de rébellion en moi, pas d’esprit critique vraiment. Ça s’est développé plus tard, une chance, mais je voulais plaire. Je voulais qu’on m’aime, donc je faisais mes devoirs, je faisais… Je pense qu’à un moment donné par contre je me suis tannée à l’école puis j’ai eu des petits troubles de comportements parce que je trouvais ça trop facile. Donc je me mettais à jaser, puis là la prof disait : « Hey, Aurélie, de quoi je parle? ». Puis j’arrivais à répondre, donc elle voyait : « OK, elle a une aisance. ». C’est ce qui fait que j’ai sauté une année puis après celle-là je couraillais derrière-là! Je courais parce que c’était vraiment plus élevé de niveau. J’étais quand même assez doué, mais très travaillante, très sage, un peu plate je pense (rires), une petite fille modèle plate!

Aimy :

(Rires) Puis qu’est-ce qui t’a amené dans ton chemin à faire ce que tu fais aujourd’hui?

Aurélie :

Bien je pense que c’est ça en fait! Je pense que j’étais tellement gênée, tellement à vouloir être parfaite, tellement à être coincée dans cette cage-là d’être un peu la personne qu’on s’attendait que je sois que finalement, j’ai essayé de me mettre devant la chose la plus difficile. Donc pour moi d’être sur scène, d’oser vraiment parler fort, pas déranger, mais juste prendre ma place c’était vraiment… Autant j’avais de la facilité à l’école, je n’avais pas d’intérêt à poursuivre en sciences! J’aurais réussi probablement. Je ne veux pas minimiser, sûrement que ça aurait été du travail. Ça aurait été difficile, mais tout ce qui était rationnel c’était facile pour moi. Donc je me suis dit : « Je vais dans l’intuitif, l’émotionnel, être sur une scène, me mettre dans la lumière! » Puis j’avais un accent, que j’ai encore d’ailleurs vu que je suis d’origine française, donc tout le monde riait de moi dès que j’ouvrais la bouche parce que j’étais différente, donc ça a été un peu un défi pour me montrer : Ouais je suis capable, je peux le faire, je peux sortir de ma cage, de ma prison.

Aimy :

Ça fait que de cette espèce de stade un peu plate là : Je vais à l’école, c’est un peu facile… OK bien je vais m’en trouver un “challenge”!

Aurélie :

Oui.

Aimy :

OK! C’est super intéressant. Est-ce que tu dirais qu’il y a des expériences significatives ou marquantes qui t’ont amenée à faire le choix d’un métier qui n’est pas facile non plus?

Aurélie :

Bien c’est sûr que de base en fait ce qui m’a amenée au théâtre je pense que c’est quand même grâce à la musique. En fait au tout début, au primaire, on jouait le xylophone, la flûte à bec là dans les cours réguliers, puis il y a une fille qui est arrivée qui s’appelle Maude. Je ne me rappelle plus de son nom de famille, mais c’était Maude. Elle est arrivée avec une flûte traversière! Elle serait arrivée avec un violon, ça aurait été pareil! Je serais tombée en amour avec un vrai instrument, tu sais ce n’était pas la petite flûte à bec. Ça rien enlever à la flûte à bec! Il y a de beaux quatuors de flûte baroques. C’est génial, mais bon, c’était quand même pour moi juste une flûte à bec, puis là d’un coup j’avais une flûte traversière, puis là ça fait : « Wow, je veux en jouer! ». Puis là ma mère m’a vraiment tout de suite permise de faire des cours donc de devenir, de m’améliorer, puis de là je pense que ça m’a fait toucher pas mal à cette forme d’art-là, puis de fil en aiguille bien j’ai découvert le théâtre. Puis c’est là que j’ai vraiment compris : « Oh wow, OK j’ai quelque chose à aller chercher là-dedans. » Donc la musique m’a peut-être amené une sensibilité. Comprendre comment aussi transmettre une émotion, puis après c’est un peu la même chose dans le théâtre. C’est juste que tu es plus libre dans ta respiration admettons de l’émotion au lieu d’être dans le métronome, donc il y avait encore plus de liberté pour moi dans le théâtre, mais c’était quelque chose je pense qu’y allait tout seul dans mon parcours. Musique, théâtre, ça s’est juste fait de façon fluide, et puis j’ai après ça vraiment poussé comme comédienne pour mieux me former là-dedans puis faire ça de ma vie.

Aimy :

Hmmm tu me dis que tu t’es formée là-dedans, alors au niveau de tes études ça a eu l’air de quoi à peu près?

Aurélie :

Donc j’ai été en musique, musique études au secondaire et après ça j’ai fait plein… en fait j’ai fait tout le temps plein de cours privés de théâtre, de diction, bien c’était tout inclus là. C’était des cours privés. Puis après j’ai essayé de rentrer dans une école de théâtre, une grande école de théâtre, c’est vraiment difficile, donc j’ai fait trois années d’auditions, en attendant je continuais mon parcours académique. J’ai été à Brébeuf en Arts et lettres, profil théâtre. J’ai été à l’université en philo, et là je suis rentrée à Saint-Hyacinthe, dans une école professionnelle. Il y a quelques écoles, je ne veux pas toutes les nommer, mais c’est vraiment un programme qui forme des acteurs professionnels.

Aimy :

Donc vraiment le DEC en théâtre.

Aurélie :

Ouais! C’est ça, c’est une technique en fait. Donc DEC je l’avais déjà, puis là c’est vraiment une technique en théâtre interprétation, production. J’étais en interprétation puis ça a vraiment été vraiment l’entrée. Une porte de théâtre c’est vraiment l’entrée dans le métier. Tu fais tes contacts, tu as les auditions du théâtre Quat’sous, où les agents vont te repérer puis où tu peux commencer à avoir des rôles et tout ça, donc c’est le parcours que j’ai eu puis j’ai été chanceuse! Dès que je suis sortie du Quat’sous j’ai trouvé mon agente Sonia Gagnon qui est vraiment extraordinaire, que je n’ai pas quitté depuis! Ça fait depuis 2006 que je suis avec elle donc c’est un beau parcours assez fluide.

Aimy :

Comment ça fonctionne avec une agente? C’est quoi le lien que vous avez?

Aurélie :

Bien en fait l’agente elle est là pour faire tout ce que tu n’as pas envie de faire (rires), donc gérer tous les contrats, négocier les contrats, les horaires. Donc elle va nous proposer soit des demandes, ça s’appelle des “break down”, donc à chaque fois qu’il y a une audition, c’est marqué admettons : J’ai besoin d’une femme de telle âge, telle description, elle voit dans ses artistes, puis là elle nous propose : Est-ce que ça te tente de faire ça? Elle nous propose en audition. On fait l’audition, puis là elle fait le suivi d’audition et puis après ça elle négocie le cachet. Donc le lien qu’on a, on se parle souvent au téléphone quand il y a des choses. Là en ce moment c’est plus rare parce qu’il n’y a pas grand-chose, donc c’est plus tranquille, mais sinon… Mon agente à moi, je ne sais pas pour les autres agentes, mais c’est vraiment une femme super humaine. Elle organise souvent des soirées, des 5 à 7 pour qu’on se rencontre tous entre nous, qu’on parle. Elle est vraiment à l’écoute, elle est vraiment humaine. Donc je l’aime beaucoup!

Aimy :

Puis dans le fond, est-ce que dans ton industrie tu dirais que la majorité des comédiens ont des agents?

Aurélie :

Oui, je pense que oui. Il y a d’autre chose aussi, ce sont des regroupements d’acteurs, donc quand tu n’as pas d’agent ou que tu préfères gérer tes choses toi-même parce que je ne sais pas, tu as un horaire plus compliqué ou que tu aimes bien gérer tes trucs, tu peux faire partie. Je pense qu’il y en a deux ou trois, je ne suis plus trop à jour. C’est un ensemble de comédiens qui ont accès aux “breaks down”. Parce que si on n’est pas dans un regroupement ou si on n’a pas d’agent, on n’a pas accès aux “breaks down”.

Aimy :

C’est quoi un “break down”?

Aurélie :

Un “break down” c’est donc, c’est surtout pour les séries, les films, les publicités. C’est ce que… tu as la production qui vont produire un projet. Ils vont partir en casting, donc là c’est l’agence de casting qui vont contacter les agents, qui vont contacter leurs artistes. Il y a plein d’intermédiaires pour arriver à jouer dans quelque chose! Donc le “break down” est envoyé aux agents. C’est la description en fait des rôles, avec tout écrit ce qu’ils recherchent. Donc on peut faire quand même le métier parce que ça c’est vraiment pour tout ce qui est télé, cinéma… mais il y a moyen de faire tellement d’autre chose, puis on peut le faire aussi sans agent! Du théâtre de rue, je sais que la musique c’est autre chose, je pense qu’ils fonctionnent moins avec les agents. En fait c’est pour tout ce qui est vraiment officiel, télé, cinéma, mais il y a moyen vraiment de gagner sa vie par exemple juste en faisant des shows pour enfants ou… parce que moi j’en fais beaucoup aussi dans ma carrière puis ça c’est moi qui vais gérer, qui vais créer les choses moi-même puis pas besoin… Les agents peuvent s’en occuper aussi! Dans mon cas c’est moi qui gère mes projets pour enfants.

Aimy :

Mmmh hmmm! Donc c’est vraiment comme la partie très logistique, la poutine, mais là tu as la chance que ce soit quelqu’un qui puisse prendre ça en charge pour toi.

Aurélie :

Exact! C’est très dur en tant qu’acteur de se vendre! Tu sais de dire « Bien moi je veux être payée tant » ou tu es sur un plateau puis là ils ne respectent pas les conditions. On dirait que les acteurs on veut juste être ceux qui sont aimés puis on veut avoir juste le bon côté, on veut être bon dans le rôle, puis l’agent va être là vraiment pour être comme un petit peu le directeur de…

Aimy :

Il y a quelqu’un qui est comme gardien des règles, là.

Aurélie :

C’est ça, puis c’est plus agréable pour nous. Tu appelles l’agent puis c’est lui qui va s’obstiner!

Aimy :

Alors là tu sais qu’il y a quelqu’une qui… il y a comme un facteur de protection un peu.

Aurélie :

Exact! Tout à fait. Des fois il peut y avoir même une scène de nudité ou des trucs comme ça un petit plus difficile pour le comédien de mettre ses limites, bien là au moins l’agent il va dire bien, il va gérer, il va te dire c’est quoi. Comme tu dis c’est comme un protecteur! Il y a quelque chose d’un peu papa maman qui te protègent, puis toi tu avances dans un chemin qui est bien…

Aimy :

Mais ça fait en tout cas que tu es peut-être moins seule dans ces affaires-là.

Aurélie :

Oui!

Aimy :

OK, OK. Tu me disais : Elle organise des 5 à 7, des soirées. Comment tu décrirais l’importance du réseau dans ton industrie?

Aurélie :

C’est extrêmement important, extrêmement important! Tu sais j’imagine un peu, il peut y avoir des gens qui peuvent critiquer : Oui mais ils prennent leurs amis pour faire tel rôle! Mais c’est un peu normal. Tu sais, moi si je pense à un projet, je vais penser à mes amis. C’est sûr que si je n’ai personne de mes amis qui ont les compétences je vais ouvrir puis je vais être contente de travailler avec quelqu’un d’autre, mais on travaille souvent avec des gens qu’on aime! Tu sais c’est un métier où on est longtemps ensemble, de longues heures, on va dans les trucs émotifs… Des fois ce lien-là d’amitié peut permettre d’aller creuser plus loin, donc je pense que le réseau est important dans ce sens-là. Si quelqu’un pense à toi, il va penser à toi s’il te connait. C’est sûr que je pense qu’ils font un très bon travail ici les agents de casting. Tu sais ils voient des gens même s’ils ne les connaissent pas personnellement. Je ne connais pas tout le monde puis j’ai quand même passé des auditions-là, mais c’est vrai que c’est quand même extrêmement important d’avoir des connaissances pour, pour…

Aimy :

… continuer d’évoluer dans tout ça là!

Aurélie :

Exact!

Aimy :

Qu’est-ce que tu dirais qui sont les forces à avoir pour être bien puis pour réussir dans ton domaine?

Aurélie :

Bien, tu sais on dit tout le temps « Le talent ce n’est pas tout ». Effectivement, bien il faut être talentueux quand même, mais c’est vrai qu’on est nombreux à être talentueux. Ce qui va faire qu’on travaille c’est la persévérance je pense. En fait c’est un métier qui est difficile avec beaucoup de refus, puis si on se tanne après deux trois non, deux trois refus, bien on ne le fera pas le métier parce qu’on en sera sorti. Mais là je vois des gens qui ont persévéré, persévéré, puis qu’aujourd’hui… parce que rien de nous dit que demain on ne décrochera pas le… Ça dépend ce que c’est réussir, mais admettons quelqu’un qui voudrait faire de la télé, tu sais ce n’est pas parce que tu n’en as pas fait que demain tu ne peux pas décrocher le rôle tu sais. Donc si tu restes, un jour tu vas avoir ta possibilité, tu vas avoir ta place.

Aimy :

Donc vraiment il y a une ténacité là!

Aurélie :

Ouais, ouais! De dire bien OK, ils ne m’ont pas pris, mais ce n’est pas grave! Moi j’ai confiance puis je continue! Donc ça c’est quelque chose de vraiment euh…

Aimy :

J’entends aussi une certaine humilité là. On m’a dit non, mais je vaux quand même quelque chose, puis je vais continuer, puis ça ne veut pas dire qu’ils ne m’aiment pas, puis ça ne veut pas dire qu’ils sont méchants! Je n’étais juste pas la bonne personne. Je n’étais pas le “fit”!

Aurélie :

Exactement, puis ça ça fait aussi que quand on travaille, quand on a d’autres acteurs autours de nous on n’est pas l’un contre l’autre. On a chacun nos couleurs, on a tous notre unicité. Le jour où on est choisi c’est parce qu’ils voulaient la personne qu’on est, ou du moins qu’on est capable de jouer, mais on a tous nos couleurs donc il n’y a pas de jalousie à avoir. Ça je pense que c’est aussi avec le temps qu’on devient vraiment en paix puis vraiment heureux! Tu sais moi je vois mes amis qui ont des rôles, je suis tellement heureuse pour eux puis je n’ai pas d’amertume ou rien. Je me dis : « Tu sais on a tous quelque chose à apporter. ». Puis justement de persévérer, je vois que tranquillement tu sais on se place un peu tous! Ceux de ma classe, de ma cohorte, on se place tous aux endroits finalement qui nous conviennent! Mais ça ne se voyait pas tout de suite en sortant de l’école. C’était peut-être plus difficile à ce moment-là parce qu’on voulait un peu tous tout faire, mais finalement ça se dessine. Moi je me rends compte qu’en ce moment bien je fais beaucoup de voix! Je suis d’origine française donc peut-être que j’ai cette facilité-là aussi à changer mon accent, à prendre un accent normatif, donc il y a quelque chose qui va un peu de soi, ou j’ai une énergie très lumineuse, pétillante! On m’a dit ça souvent, bien je fais des shows pour enfants où c’est ce qui est mis de l’avant, une espèce de soleil sur scène! Donc il y a quelque chose d’un peu comme naturel où tout le monde s’est un peu placé. Puis il y en a bon qui ont changé de métier, qui ont fait autre chose, mais je pense que c’est ça! De ne pas se dire, tu sais : « Ah, je ne vaux rien! ». Il y a quelqu’un pouvait mieux l’incarner que moi. Ne pas attendre aussi! Tiens je fais un lien entre deux de tes questions, mais une autre qualité aussi : D’être proactif! Tu sais de vraiment, de ne pas attendre qu’on t’appelle pour un rôle, de créer tes projets le plus possible. Quand tu es créatif, on reste visible! Si tu fais un show de théâtre les gens vont venir te voir, découvrir : « Ah oui, elle est capable de jouer ça aussi! ». Donc de vraiment pas être dépendant, ne pas être juste interprète, mais d’être aussi créateur, je pense que c’est une belle force.

Aimy :

De créer un peu tes opportunités toi-même!

Aurélie :

Exact.

Aimy :

Je reviens un peu à ce que tu disais, là je ne veux pas faire un truc super politique, mais je serais quand même curieuse de t’entendre, vu que tu as les deux pieds dans le domaine. Tu disais tu sais : « Bien je n’étais pas la personne qu’ils cherchaient, je n’avais pas la… tu sais, je n’avais pas la “vibe” là qu’ils recherchaient », mais on sait que notre marché, on lui a souvent critiqué le fait de choisir des gens qui se ressemblent tous un peu. Tu sais, choisir… on voit moins la présence de certaines minorités, on voit moins la présence de certains groupes X, Y Z. Est-ce que c’est quelque chose que tu constates dans l’industrie ou est-ce que tu vois une conversation par rapport à ça?

Aurélie :

Bien, je ne m’en étais pas vraiment rendue compte, jusqu’à ce que vraiment je travaille avec des gens qui m’en fassent part puis je me suis rendue compte qu’effectivement, il y a encore beaucoup de chemin à faire, mais il y a des choses qui se passent là beaucoup en ce moment, puis dans les dernières années. Il y a vraiment plus une conscience d’inclure vraiment toutes sortes de gens, que ce soit de différentes cultures, au niveau sexuel, de différents… tu sais des homosexuels. Je pense que c’est en train de changer, mais que tout n’est pas encore… Ce n’est pas encore gagné, mais j’entendais récemment justement une fille qui dit : « Je suis contente pour la première fois je jouais une vraie fille! ». Puis l’animatrice disait : « Qu’est-ce que tu veux dire, une vraie fille? ». « Bien pas… je ne fais pas la fille noire. ». Tu sais? On s’en fout là, elle joue une fille puis peu importe sa couleur de peau tu sais!

Aimy :

Comme si le “break down” que tu me décrivais tout à l’heure, comme s’il pouvait devenir un peu plus large.

Aurélie :

Exactement! Exactement, mais ça c’est vraiment en train de changer!

Aimy :

Ouais!

Aurélie :

Ouais.

Aimy :

OK. Ça fait qu’il y a un chemin, il y a un chemin.

Aurélie :

Oui, il y a quelque chose qui se passe, mais c’est vrai qu’il y a encore du chemin, ce n’est pas gagné.

Aimy :

Ce n’est pas gagné, c’est sûr. Qu’est-ce que tu dirais qui est le plus grand défi que tu rencontres au travail?

Aurélie :

C’est tellement agréable, c’est tellement chouette d’aller travailler! Je ne sais pas, c’est vraiment une partie de bonheur. Ça me donne de l’énergie, ça me rend de bonne humeur, mais ce qui est le plus difficile je dirais c’est l’incertitude de, de…

Aimy :

La précarité là!

Aurélie :

Ouais, de vivre avec le fait de : Bon je n’ai rien dans deux semaines, qu’est-ce qui va m’arriver? Mais finalement je suis tout le temps débordée. Je ne sais pas comment je fais pour remplir mes semaines, mais je n’ai jamais rien deux semaines d’avance, ça se remplit! Donc c’est de faire confiance, de se dire : Regarde, il y a toujours quelque chose qui arrive puis c’est tout le temps au moment où il y a l’espace pour que ça arrive que ça va arriver, donc si on a trop peur puis qu’on se remplit d’un paquet de choses, bien on ne laisse pas la place à arriver un nouveau projet admettons, qui pourrait être un beau défi.

Aimy :

Hmmm donc le risque de faire l’écureuil puis de ramasser toutes toutes toutes toutes les noisettes, d’un coup qu’il n’y en aille plus, là!

Aurélie :

Ouais c’est ça! Donc il faut que j’apprenne à faire confiance qu’il y a toujours quelque chose qui arrive. Puis je dis ça, mais j’ai aussi une réalité particulière, c’est qu’il y a des gens qui travaillent beaucoup plus que moi, mais il y en a beaucoup qui travaillent moins aussi donc moi j’ai de la chance qu’il y a toujours comme quelque chose qui se présente. Il faut que je dompte ma petite angoisse à l’intérieur qui me dit : « Ah je n’aurai plus rien, après je n’aurai plus rien! », mais non! Il y a tout le temps plein de choses.

Aimy :

Il y a quelque chose qui débouche! Puis en même temps, il y a ce que tu me nommais aussi, cette espèce d’initiative-là de : Peut-être qu’il n’y a rien qui se présente, bien je vais me créer une opportunité.

Aurélie :

Ouais, mais pour avoir parlé à beaucoup d’amis aussi, tu sais admettons aux mois de janvier, février, mars là, on s’angoisse parce qu’il n’y a rien, puis finalement on arrive à l’été puis on est débordés, on fait trois shows par jour, doublage le matin, le soir… donc finalement il y en a quand même beaucoup comme ça! On accepte puis on se rend compte que c’est presque inhumain. Tu sais ce sont des périodes d’accalmies au début de l’hiver, puis après ça d’avril à décembre là c’est la course où on n’a pas le temps de manger. On mange entre deux contrats, puis ça peut être vraiment intense!

Aimy :

Ça peut aller vite! Si j’en reviens encore à la notion défi, bon il y a ce défi premier qui est vraiment l’espèce de précarité, l’instabilité, mon horaire, blablabla… Blablabla, mais en même temps c’est super important, mais (rires) est-ce que tu dirais… Parce que j’imagine que les défis dans le cadre du travail doivent être vraiment variés aussi. Tu sais comme admettons en doublage, ça ne doit pas être les mêmes défis que quand tu es sur scène ou quand tu es plus en musique. Est-ce que tu en as qui te viennent en tête, comme : « Ah oui cette fois-là j’ai vraiment travaillé fort! »?

Aurélie :

Bien je suis vraiment, je pense que je suis quand même dans mon élément. Tu sais j’essaie tout le temps de faire le meilleur, donner le meilleur de moi, puis je ne veux pas dire que c’est facile, tu sais, mais tout ce qui est en tant que comédienne, ce sont des défis que je suis formée pour gérer! Je dirais, peut-être mes défis sont plus du côté musique ou peut-être j’ai un peu moins d’expérience. Je trouve ça plus difficile tu sais admettons j’ai une partition, là j’avais une audition il n’y a pas si longtemps puis il fallait que je fasse de la musique classique. J’ai joué du classique pendant super longtemps, j’étais super à l’aise, mais ça fait quand même longtemps que j’utilise admettons la flûte, un côté plus moderne, plus libre! Donc là de jouer avec une partition, d’avoir quelque chose d’impeccable, je me rends compte que ce n’est plus mon quotidien, puis ça je trouve ça difficile d’avoir quelque chose de licher du premier coup, parce qu’on dirait qu’en théâtre il y a quelque chose de… Si tu te connectes au bon endroit, quand tu vas te connecter à l’émotion, à la situation que tu vis, peu importe comment ça va sortir, ce n’est pas si important! Ça ne doit pas sortir d’une façon précise. Il faut juste que ce soit vrai, donc il y a moins ce côté-là liché, parfait, c’est vrai, ressenti. Alors qu’en musique… Puis ça doit être la même chose, sûrement qu’il faut se connecter à la même chose puis ce n’est pas grave si la note n’est pas parfaite, mais moi j’ai cette conception-là qu’en musique on s’attend à ce que la note soit juste, puis que le rythme il soit “tight” j’allais dire, ce n’est pas très français là, mais en tout cas! Que je sois dans le rythme. Donc j’ai cette pression-là quand je fais quelque chose en musique : La justesse de la note… Puis c’est peut-être le plus gros défi que j’ai étant donné que dans mon métier il y a quelque chose de plus naturel, qui me demande juste d’aller vraiment écouter l’émotion du personnage puis de me brancher au bon endroit, puis j’ai moins de défis. Tu sais il peut y avoir des rôles qui me font plus travailler, mais si je vais trouver où ça se place dans mon corps, ah OK je trouve le filon. Alors qu’en musique il y a cette rigueur-là de la partition.

Aimy :

C’est un style différent aussi. Ça fait que si on va à l’opposé maintenant. Au-delà du défi maintenant, qu’est-ce qui est le plus nourrissant dans ce que tu fais?

Aurélie :

Le plus… J’aime beaucoup la création. J’aime vraiment créer puis ça, ça a été quand même assez tard que je me suis rendue compte de ça parce que j’étais une interprète puis vraiment comblée. J’aimais faire les rôles qu’on me donnait. Puis c’est en 2012, j’ai commencé à créer un projet. Ça s’appelle projet Æolia, un projet un peu farfelu. Je suis comme une femme oiseau avec un gros costume, avec des projections! Puis c’est là où je me suis vraiment découverte comme créatrice, donc là je me suis mise à vraiment composer mes chansons. J’ai presque tout fait dans ce projet-là, que ce soit de la couture, que ce soit apprendre à gérer des logiciels de montage. J’ai compris un peu le son, comment ça marchait, maintenant je m’enregistre. Donc de créer, de mettre au monde quelque chose qui n’existait pas, puis après ça j’écoute puis j’ai une chanson complète là, ça ça me nourrit! Puis de pouvoir… Toutes les idées que j’ai dans la tête, en fait j’ai toujours comme fredonné des trucs ou composé des choses, mais ça ne restait que des petits embryons. Puis là, de les mettre au monde comme ça… puis là je me suis fait un SoundCloud, puis là les gens peuvent écouter les musiques, ce sont des musiques complètes.

Aimy :

Puis j’ai fouiné un peu, ça t’a amené loin là quand même ce projet-là! Je t’ai vue te promener au Moyen-Orient, faire un paquet d’affaires cool!

Aurélie :

Oui (rires), ouais! Jusqu’en Inde aussi, oui.

Aimy :

Alors c’est comme : Ça vient d’un embryon dans ma tête, je fredonne un truc, puis là je suis sur scène à l’autre bout du monde, puis il y a du monde qui regarde ça! Incroyable!

Aurélie :

Ouais! (Rires), oui! Des fois c’est drôle parce que c’est tellement gros. C’était quand même ambitieux ce projet-là avec la vidéo et tout, puis des fois il y a tout le temps des moments de doute où tu te dis : « Qu’est-ce que c’est que ça? Est-ce que ça vaut vraiment la peine? Toute cette énergie, pourquoi? ». Tu sais on se questionne beaucoup dans la création, des moments de doutes. Je doute souvent, puis après des fois quand je regarde le vidéo, je me dis : « Ah wow, OK non c’est… Je suis contente de l’avoir amené. »

Aimy :

Il y a quelque chose là, là!

Aurélie :

C’est ça tu sais comme je disais, je reviens souvent à mon enfance, que j’ai été aimée, que j’ai été choyée. Bien j’ai quand même le bonheur et la joie faciles, puis je me dis : Si je peux apporter un petit peu de légèreté, un petit peu de beauté dans le monde… Je trouve qu’on est un monde quand même cynique où il y a beaucoup de détresse, donc c’est souvent ça mon mandat quand je crée. D’amener quelque chose de lumineux qui fait du bien. Puis moi quand je compose ça me fait du bien puis quand les gens les écoute, j’ai eu des fois… Il y a des gens des fois qui n’aimeront pas ça là, je peux comprendre. Si t’aimes le heavy metal…

Aimy :

Comme dans tout.

Aurélie :

Ouais! C’est très très… c’est dans un style : T’aimes ou t’aimes pas. Mais en fait c’est ça, de sentir… Des fois il y a des gens qui me disent : « Ah ça m’a fait du bien quand j’ai écouté ton truc! C’était beau. Ça m’a apaisé.

Aimy :

C’est comme ta contribution là.

Aurélie :

Oui. Oui!

Aimy :

Très cool! J’aimerais ça te demander, dans les 10, 15, 20 prochaines années, comment est-ce que tu penses que ton métier va évoluer?

Aurélie :

Bien, en fait là avec le Covid, je pense qu’il y a quelque chose qui change. Il y a beaucoup d’auditions qui se font à la maison, donc le virtuel commence à prendre vraiment plus de place. J’ai l’impression qu’il va y en avoir de plus en plus. Il y a des fois même des publicités qui se sont tournées chez les gens! Puis si ton organisation est assez professionnelle, bien ils ont repris des fois, puis ça avait le look un petit peu justement “pub maison”, mais donc ça, ça ne s’était jamais vu avant là, surtout en pub! Tout est tellement… les caméras valent cher, tout est vraiment liché! Donc ça c’est quelque chose qui semble arriver de plus en plus, le virtuel, mais je pense qu’il y a quand même un gros besoin de se voir. On peut faire du théâtre de cette façon-là, mais je pense que ce n’est pas pour rien que ça existe depuis l’Antiquité! Depuis… On a besoin de se voir puis j’ai l’impression qu’il y a des choses qui changent, comme justement là je prévois un show où on va jouer dehors. On va être devant les CHSLD! Les gens ouvrent leurs fenêtres puis ils nous voient jouer dehors! Donc il y a toutes sortes de façons créatives de faire avancer le métier, mais je ne pense pas que la technologie est le seul chemin que ça va prendre. J’ai l’impression qu’on vient d’ouvrir puis que là le premier truc qu’on s’est dit c’est : « OK on fait ça de la maison », mais qu’en fait, on peut faire ça n’importe où! On peut faire du théâtre, on peut faire de l’art partout, puis ça, ça vient d’ouvrir, puis donner la possibilité de faire un show dans une ruelle. Ça se faisait, mais c’était marginal! Mais là ça devient essentiel.

Aimy :

Bien oui, c’est le bon mot hein! J’allais dire ça devient possible, mais non c’est essentiel effectivement les arts vivants. Il y a quelque chose de nourrissant là-dedans.

Aurélie :

Oui puis en fait, pour avoir regardé un show il n’y a pas longtemps justement en virtuel, j’ai vraiment adoré l’expérience, mais après on pouvait le regarder les autres jours, puis il y avait quelque chose qui n’était pas là de la même manière que quand on le regardait “live”, quand ça se passait. Donc c’est sûr que quand c’est de la maison qu’on peut faire pause, ce n’est pas la même chose que le moment présent.

Aimy :

Ça vibre différemment!

Aurélie :

Quand ça se passe devant toi, que l’artiste est en ce moment en train de risquer sa vie à être sur un fil, ce n’est pas la même chose que quand tu peux l’arrêter, puis tu sais qu’il va tenir debout pendant qu’il est arrêté! (Rires).

Aimy :

(Rires). J’ai envie de te demander, je sais que tu fais beaucoup de doublage puis tu me disais, tu sais, l’engin vocal tu le travailles, puis la musique, puis le chant. Est-ce que tu as déjà imaginé des personnages farfelus que tu aimerais faire, que tu aimerais que quelqu’un te demande de faire?

Aurélie :

Bien j’ai eu beaucoup de chance! J’en ai fait quand même déjà beaucoup, puis les gens qui travaillent, il y en a plusieurs qui me font vraiment confiance puis qui me donnent des rôles tellement éclatés! Là tantôt je faisais une femme de cinquante ans, un peu sorcière, puis je changeais ma voix. Je roulais mes « R », puis…

Aimy :

Attends attends, fais-le deux secondes! Essaie, essaie!

Aurélie :

Je ne dirai pas ce que c’est par exemple, mais… Ah c’est dur comme ça là, sans rien devant moi.

Aimy :

OK attends je vais te dire une phrase, je vais te dire une phrase. Il faut que tu me dises que tu t’en vas acheter des pommes à l’épicerie.

Aurélie :

Il faut que tu me dises que tu achètes des pommes à l’épicerie!

Aimy :

C’est incroyable! C’est incroyable!

Aurélie :

Mais là je fais, je fais n’importe quoi là (rires), mais j’adorais ça donc j’ai quand même été vrai… c’est vraiment, c’est vraiment drôle de faire ça comme ça, parce qu’en fait en doublage on a souvent une image, tu sais, donc on dirait que je ne pense jamais à l’effet que je veux mettre dans ma voix. Je pense plutôt à rentrer dans le corps de la personne que je vois, puis de voir quelle voix sortirait de là! Donc c’est vraiment, c’est extrêmement difficile. Je trouve ça très nul ce que je t’ai fait là comme ça (rires) parce que…

Aimy :

Puis moi je trouve ça super cool, mais ce que je comprends c’est que c’est vraiment un processus de projection.

Aurélie :

Exact, c’est ça. Puis souvent même les gens, parce que c’est ça admettons j’ai fait la voix de la Reine des neiges, qui est quelque chose de vraiment gros, donc… « Ah fais la voix de la Reine des neiges! », mais j’ai du mal quand je n’ai pas l’image, parce que je ne suis pas consciente de ce que je fais, parce que je ne travaille pas l’effet que je veux avoir. Je suis vraiment concentrée. Tu regardes les yeux du personnage, la bouche du personnage. C’est vraiment les yeux qui vont dire… On sent toute l’âme du personnage.

Aimy :

Parce que toi tu doubles, puis là le film joue. Il est juste sans son, c’est ça?

Aurélie :

Bien en fait, on le voit en anglais souvent, parce que ce sont souvent les versions originales en anglais, donc on a le son. En anglais on l’écoute une fois, deux fois, trois fois, puis après ça le texte est écrit puis nous on va le transposer en français. C’est très rare qu’on fasse la voix originale. C’est arrivé quelques fois pour des projets. Il y avait un projet comme ça, c’était sur la révolution française, ça fait qu’on faisait toutes les voix de base puis il n’y avait pas de dessins en plus, mais souvent le dessin est là, la voix est là, puis nous on va vraiment… C’est vraiment un travail d’écoute et de se fondre dans ce qui est déjà là, donc j’ai du mal à reproduire après sans l’image!

Aimy :

Hmm mmm! Mais là je sais qu’il faut que tu achètes des pommes à l’épicerie (rires)… OK dernière question dans ma grande série de questions. J’aimerais te demander, si tu rencontrais quelqu’un demain matin qui te disait : « Aurélie, c’est vraiment cool ce que tu fais! J’aimerais ça me rapprocher de ton domaine, j’aimerais peut-être ça faire ça un jour. ». Quels conseils est-ce que tu leur donnerais dès aujourd’hui?

Aurélie :

Bien, je leur dirais déjà que c’est difficile quand même, parce que c’est un métier qui est tellement enrichissant ; je n’ai jamais l’impression de travailler ; mais c’est vrai que c’est quand même vraiment difficile. Tu sais, on dit beaucoup d’appelés, peu d’élus! C’est vrai. Donc c’est un peu plate, mais je ferais que la personne se pose la question : « Est-ce que c’est vraiment ça que je veux faire? ». Parce qu’on ne fait pas ça à la légère. En tout cas, moi ça a été ma façon, puis c’est sûr que ma vie m’a prouvé que ça a marché ma technique de vraiment juste faire ça, puis d’être vraiment engagée, puis il y a peut-être d’autres personnes qui le vivent différemment puis que ça marche pour eux aussi, mais on dirait que moi par expérience ça a été vraiment comme une volonté de faire! Donc c’est vraiment ça que tu veux faire? Tu sais parce que… attache ta tuque là! Donc de se poser la question puis après bien si la personne veut faire ça, bien d’aller prendre des cours, puis d’essayer de rentrer dans une école, moi ça a été là où tu rencontres plein d’amis et puis où tu… Ce n’est pas juste pour les amis là la formation, mais quand même! Après tu fais des projets avec ces gens-là.

Aimy :

C’est le début du réseau.

Aurélie :

Exact, puis la formation te donne vraiment des outils. Je ne serais pas la comédienne que je suis aujourd’hui sans l’école de théâtre. Ça m’a vraiment formée. C’est un trois ans. En plus j’étais à Saint-Hyacinthe, donc c’était un trois ans où j’étais sortie de Montréal, où je ne faisais que ça, pas de distractions. Je pense que ça aurait été plus dur si l’école avait été à Montréal. J’aurais gardé ma vie. Là c’était à fond, juste ça, j’ai vraiment découvert la comédienne que j’étais, puis ça ne s’est pas fini avec le temps, mais quand même ça m’a donné beaucoup d’outils. Donc je pense que faire une école… Le chemin est faisable sans faire d’école, mais c’est plus difficile.

Aimy :

Comme un bel atout au départ.

Aurélie :

Ouais! Vraiment, vraiment.

Aimy :

Aurélie ça a été super intéressant.

Aurélie :

Merci!

Aimy :

Merci beaucoup pour ton temps.

Aurélie :

C’est moi qui te remercie!

Aimy :

Merci à notre invitée et merci à vous d’avoir écouté cet épisode des portraits professionnels. Pour plus de détails sur cette profession, visitez notre site Internet au www.saltoconseil.com.