AGRICULTRICE

AVEC MÉLANIE CHAPLEAU

Août 2019 | Musique et montage par Alex Andraos

Aujourd’hui, on rencontre Mélanie Chapleau, agricultrice et copropriétaire des Jardins de la Gaillarde, une ferme maraîchère bio de la région de Sherbrooke. Dans cet épisode, Mélanie nous décrit son quotidien de science et de patience et discute avec nous des particularités du domaine agricole artisanal, dans une industrie de grands monopoles.

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AGRICULTRICE

AVEC MÉLANIE CHAPLEAU

Aimy :

Bonjour et bienvenue aux Portraits professionnels, le balado où l’on tente de clarifier différentes professions du marché du travail. Aujourd’hui, on rencontre Mélanie Chapleau, agricultrice et copropriétaire des Jardins de la Gaillarde, une ferme maraîchère bio de la région de Sherbrooke. Dans cet épisode, Mélanie nous décrit son quotidien de science et de patience et discute avec nous des particularités du domaine agricole artisanal, dans une industrie de grands monopoles. Mélanie Chapleau, bonjour.

Mélanie :

Allô.

Aimy :

Tu vas bien?

Mélanie :

Oui, très bien.

Aimy :

Alors, on se voit aujourd’hui pour discuter de ton travail. Veux-tu nous dire ce que tu fais?

Mélanie :

Moi, j’ai une ferme maraîchère de petite surface. Donc, je fais de l’agriculture intensive avec la production de semences en priorité.

Aimy :

OK. Tu produis des semences, tu as une ferme maraîchère, tu es une agricultrice?

Mélanie :

Oui, je suis une agricultrice.

Aimy :

Parfait. C’est sûr que les termes sont toujours un peu interchangeables dans ton domaine, est-ce que c’est ça?

Mélanie :

Oui. Il y en a qui vont se considérer plus comme des entrepreneurs, surtout quand tu es propriétaire, agriculteur, farmer.

Aimy :

Dépendamment…

Mélanie :

Producteur laitier ou producteur bovin. Ça dépend ce sur quoi tu veux mettre l’emphase.

Aimy :

Donc, quand tu dis aux gens que tu es agricultrice, mettons que tu choisis ce terme-là, qu’est-ce que les gens imaginent que tu fais de tes journées?

Mélanie :

Les gens, en général, quand je dis que j’ai une ferme, ils sont enthousiastes. Ils veulent savoir où je vends mes légumes, où je vends mes produits. Ils aiment le fait que ce soit bio. C’est souvent positif comme approche. La majorité, je pense qu’ils comprennent que c’est beaucoup de travail et que c’est difficile. C’est ça, je pense, la vision. C’est une vision positive, en tout cas, de l’agriculture biologique.

Aimy :

Les gens, ils t’approchent déjà contents de savoir.

Mélanie :

Tout à fait. Si c’est des jardiniers, ils vont me poser des questions : As-tu ces problèmes-là? Qu’est-ce que tu fais? Souvent, la conversation est facile, quand je parle de mon métier avec les gens.

Aimy :

OK. Rapidement, les gens vont rentrer dans le spécifique?

Mélanie :

Oui.

Aimy :

J’ai telle plante, ça ne pousse pas, qu’est-ce que tu en penses?

Mélanie :

Ceux qui jardinent, c’est automatique, je vais avoir des questions techniques.

Aimy :

On va toucher à ton expertise, vite.

Mélanie :

Oui.

Aimy :

OK. C’est sûr qu’on peut avoir une vision de quelqu’un qui travaille fort, c’est cool, c’est bio, c’est intéressant. Si tu me décrivais un peu une journée typique, de quoi ça pourrait avoir l’air pour toi?

Mélanie :

Souvent, je me lève et je regarde ma to do list de la semaine. Là, on est en haute saison, en saison d’été. Donc, je vais avoir une idée, il faut que je plante, que je récolte ça à peu près cette semaine, il faut que je désherbe. Ça va surtout être de faire un tour du jardin. Donc, à chaque matin, je fais le tour de chaque jardin et je vérifie, est-ce qu’il y a des insectes, est-ce que les mauvaises herbes prennent vraiment trop de place, est-ce que ces légumes-là sont prêts et il faudrait que je les récolte en priorité. C’est vraiment en regardant sur le terrain que j’établis mes priorités pour la journée. On est souvent en résolution de problème si on a des insectes ou des animaux qui ont fait des dégâts. Si je vais dans un kiosque et que le kiosque ouvre à neuf heures, il faut que je fasse ma livraison le matin. C’est vraiment une journée,c’est comme ça que je pars ma journée. C’est un travail physique. Des fois, je juge que je vais faire le physique le matin, le plus physique le soir et des trucs plus tranquilles en après-midi.

Aimy :

OK. Tu vas commencer par un tour du jardin. Tu te promènes, tu regardes. C’est vraiment en ayant les yeux dessus que tu peux déterminer ce que tu as à faire, spécifiquement?

Mélanie :

C’est en ayant en tête, ma to do list parce qu’il faut quand même suivre un horaire de plantation et de récolte, mais c’est aussi beaucoup la nature qui suit son fil alors il faut suivre le rythme de la nature. C’est beaucoup d’observation, pour commencer.

Aimy :

C’est beaucoup une combinaison de je suis un inspecteur, je regarde ce qui se passe et j’ajuste. Puis, il y a un morceau aussi, très organisé. On avait discuté de ta to do list et tu me disais, telle semaine, c’est telle affaire et à telle température, c’est tel truc. C’est très structuré.

Mélanie :

Pour être productif, il faut être efficace pour être rentable, en agriculture. Il faut avoir en tête le nombre de jours que ça prend pour maturer puis quelle température ça va bien germer. Il faut vraiment avoir un plan de base pour que ce soit optimal, que les légumes soient en santé, que ça pousse bien. C’est une grosse planification, l’hiver. On sélectionne nos variétés par rapport à notre climat, par rapport à quand on veut que ce soit prêt. Il y a une grosse période d’organisation à l’hiver. Après ça, on met ça en route durant la saison principale.

Aimy :

Toi, tu as un document Excel magique, gigantesque?

Mélanie :

Oui, j’ai un document. On a un document Excel. Il faut prendre des notes, aussi. Chaque ferme est différente, ça demande de prendre des notes pour savoir comment chaque légume réagit vraiment. Il y a la théorie et la pratique. Oui, il y a des fichiers Excel, j’ai un plan de mon jardin en Power Point pour savoir où est-ce que je mets tout, pour les rotations parce que pour les maladies, on ne peut pas toujours planter au même endroit la même espèce de légume. C’est un petit casse-tête.

Aimy :

L’image de l’agricultrice un peu, vraiment en lien avec la nature, les deux mains dans la terre, un peu, à la limite, bohème, c’est plus ou moins vrai. Il y a une partie très stratégique pour être productif, comme tu dis.

Mélanie :

Oui, c’est vrai. Il faut être stratégique, je pense. Si tu y vas au pif, tu risques de te planter. (rire)

Aimy :

Te planter (rire), un bon jeu de mots.

Mélanie :

Tu as quand même les mains dans la terre et tu as le bucolique quand même.

Aimy :

C’est comme un alliage des deux.

Mélanie :

Oui, c’est un alliage des deux.

Aimy :

Si je reviens à l’horaire de la journée. Le matin, tu fais ton tour, tu fais ta livraison, tu détermines ce que tu as à faire. Il y a quand même des tâches physiques, tu détermines si tu les fais plus tôt dans la journée ou plus tard dans la journée. Qu’est-ce que ça peut être, ces tâches physiques là?

Mélanie :

Nous on est une ferme qui fonctionne principalement manuellement. On a un tracteur pour tondre, mais on fait le travail à la main. On est un système de planches permanentes. Une fois que les planches sont faites, elles restent là. On a un outil qu’on utilise qui s’appelle une grelinette, qui permet de labourer. On a un petit rotoculteur à la main, pour labourer les planches. Puis, juste désherber, avec l’aide maraîchère, c’est quand même forçant, de bien défaire les mauvaises herbes et transporter les légumes. On transporte avec des caisses ou avec des sacs. Il y a plein de trucs physiques, quand on plante des poteaux. Il y a beaucoup d’entretien. Si on a des clôtures, il faut planter des poteaux.

Aimy :

Ce n’est pas juste le légume, le fruit, la fleur, la plante. Il y a vraiment toute l’infrastructure, ce n’est pas le bon mot?

Mélanie :

C’est très multidisciplinaire, quand tu es agriculteur. Tu fais de la construction, tu fais de la mécanique, tu entretiens tes petits outils. Comme c’est toujours pressé, si ça brise là, tu vas le faire aujourd’hui, tu vas le réparer aujourd’hui. On apprend, par moments, à réparer.

Aimy :

Il y a un niveau de débrouillardise que tu vas affûter.

Mélanie :

Il faut que tu sois débrouillarde. Tu es toujours en résolution de problème, tu vas solutionner si ça ne marche pas. C’est très multidisciplinaire. Tu fais la vente, aussi, la vente de tes produits. On a toujours besoin de serres ou de bâtiments si on grossit, on construit des bâtiments. Souvent, les agriculteurs font tout eux-mêmes. C’est l’une des beautés du métier, je trouve, que ce n’est pas si redondant que ça. C’est sûr que tu peux passer une journée à désherber ou à planter, tu fais toute la même affaire toute la journée, mais sur l’année…

Aimy :

C’est très varié.

Mélanie :

C’est super varié.

Aimy :

Qu’est-ce qui t’a amenée à faire ça de ta vie?

Mélanie :

Moi, je ne connaissais pas le milieu agricole, je travaillais comme technicienne de laboratoire. Je suis quelqu’un de scientifique, j’aime beaucoup les sciences. C’est en rencontrant ma belle-mère qu’ils ont une petite fermette que j’ai développé l’intérêt et le goût. Je n’avais jamais, jamais, jardiné. Elle, elle est impliquée dans l’agriculture biologique, avec Québec vrai, le certificateur. Puis, j’ai juste pogné la piqûre. Je suis allée faire un bac en sciences de l’agriculture et de l’environnement à McGill parce que j’avais besoin de comprendre comment ça fonctionne, c’est mon esprit scientifique. Il y en a qui partent des fermes maraîchères sans formation, mais moi, j’avais besoin de savoir comment la biologie fonctionne, il y a beaucoup d’entomologie. Un autre aspect aussi, c’est quand on gère beaucoup les insectes, connaître leur cycle de vie, pour le timing. J’avais besoin de comprendre, ça m’intéressait de comprendre comment une plante pousse. Alors je suis allée étudier, j’ai travaillé un peu en environnement et ensuite, j’ai démarré mon entreprise.

Aimy :

C’est vraiment, démarrer son entreprise, au départ, tu me disais, il y en a qui se décrivent plus comme des entrepreneurs que comme des agriculteurs. Ce côté-là, vraiment, business, comment est-ce que tu le vis au quotidien?

Mélanie :

Je pense que, quand tu es entrepreneure, tu aimes ça l’indépendance, de prendre tes décisions toi-même. Il y a un gros réseau d’agriculteurs, de partage de connaissances et de partage d’outils. Même si tu pars ton entreprise seule, il y a beaucoup de réseautage, en agriculture. Moi, c’est vraiment le désir d’indépendance, c’est une ferme familiale, c’est chez moi je gère mon horaire comme je veux. Il y a beaucoup de choses à faire, mais c’est moi qui gère la façon que je fais mon travail. C’est sûr que la rentabilité, c’est toujours un stress. Il faut bien faire ses calculs, il faut faire une bonne gestion. C’est aussi une partie du multidisciplinaire de la chose.

Aimy :

Dans le multidisciplinaire, on avait mis le côté agriculture biologique, je fais pousser des trucs, mécano construction, mais aussi très business?

Mélanie :

C’est ça. Il faut vendre. Il ne faut pas avoir peur de vendre au bon prix, au prix que ça vaut. Il faut offrir un produit de qualité. Il faut en parler. Il faut faire du réseautage, les médias sociaux, etc. Mais, moi, je trouve ça intéressant.

Aimy :

Ça fait partie de ce que tu aimes.

Mélanie :

Oui.

Aimy :

Si je te posais cette question-là, justement : qu’est-ce qui est le plus valorisant dans ton travail?

Mélanie :

Pour moi, ça demande de réussir à faire des super beaux légumes. Quand je remplis un beau panier de récoltes, c’est toujours ça que je trouve bien. Et quand la ferme est belle, il y a un souci esthétique, je pense, mais ce qui me valorise le plus, c’est quand même la production.

Aimy :

Concrètement, j’ai fait pousser ça.

Mélanie :

J’ai fait pousser ça, ça a bien marché. C’était un bon move, pour ma date de plantation, de couvrir…

Aimy :

C’est intéressant parce que souvent, quand on dit je suis valorisée dans la production, on pourrait avoir une image un peu instantanée. Mais, j’ai eu la chance de faire le tour de ta ferme et tu me disais : ça, ça a bien poussé quand je l’ai planté, l’an passé. Il y a un truc de longue haleine.

Mélanie :

Oui, c’est ça. Surtout dans la semence, il y a des bis-annuelles, qu’on appelle. Elles font la semence la deuxième année, alors c’est sur deux ans que tout est bien fonctionnel, que tu as parti la première année, qu’il ait fait son système racinaire, faut qu’il vienne et qu’il reprenne au printemps. C’est des légumes qui prennent 100 jours à pousser. Il y en a d’autres qui sont plus instantanés, comme les radis, par exemple. Surtout, en production de semences, tout est plus long. Comme une laitue, tu vas récolter à 60 jours, mais la semence, c’est plus 120 jours. Il faut que tu fasses attention aux maladies et aux insectes sur une plus longue période et à la fertilité, aussi. Quand tu réussis bien une batch, tu es fière de toi.

Aimy :

C’est toute une notion de, ce n’est pas de la gratification instantanée. Il y a une notion qu’il faut que tu apprennes et quand tu fais le tour du jardin, je vérifie, c’est un œil constant sur le travail de la plante, de la nature.

Mélanie :

Oui, c’est ça.

Aimy :

À l’opposé, qu’est-ce que tu dirais qui est le plus grand défi pour toi, au quotidien?

Je suis encore dans la production, mais c’est qu’en agriculture, il y a beaucoup de choses que tu ne contrôles pas. C’est la météo, c’est super stressant au printemps, si c’est trop humide, trop froid. Ce qui est difficile, c’est de rester zen avec ça. Comme nous autres, on a des chevreuils, j’avais une super belle planche de betterave et un chevreuil a passé une nuit et l’a mangée au complet. C’est un apprentissage d’accepter que ça fait partie de la vie et que c’est pas grave et que l’année prochaine, tu vas en mettre plus et qu’il va manger autre chose de différent (rire). On a des limaces, aussi et tu fais un semis de carotte et en une nuit, elles peuvent aussi le détruire au complet. Je pense que c’est difficile si tu as une super bonne année, tu es full crinquée et l’année d’après, ça ne va pas bien, le moral peut être plus difficile. Il y a des années plus difficiles qui d’autres.

Aimy :

Ce qui est intéressant, parce que ce qui est valorisant et le défi sont hyper reliés, hein?

Mélanie :

Oui, c’est ça. Exactement. C’est d’être zen avec ça. Je pense qu’il y a des agriculteurs qui apprennent plus vite à être cool with it, mais moi ça crée encore, je suis fâchée quand le chevreuil passe (rire).

Aimy :

Il n’a pas beaucoup de respect pour ta zénitude (rire). Quand on pense à toute l’évolution, les gens te rencontrent, tu fais du bio, cool. On pense à l’évolution au niveau culturel, les gens veulent plus de bouffe bio, les gens veulent mieux manger, c’est une considération. Dans les cinq, dix, quinze, vingt prochaines années, comment tu penses que ton métier, ton industrie, va évoluer?

Mélanie :

Il y a de plus en plus de petites fermes maraîchères, ça c’est un fait absolu et un partage des terres, aussi. Souvent, ce qui est difficile, c’est d’avoir accès à une petite terre. Maintenant, il y a du partage avec des maraîchers qui ont d’immenses terres et qui peuvent louer sur deux, trois ans. C’est comme ça qu’on fonctionne, par location. Je pense que le nombre de fermes maraîchères va augmenter dans les prochaines années, ça c’est sûr et certain. Moi, je suis quand même, mon dada, c’est quand même la semence. Je suis semencière et c’est souvent contrôlé par, la production de semences, même des légumes, est contrôlée par des méga-compagnies internationales et c’est produit un peu partout. Le local, dans le semence, j’espère que ça va augmenter.

Aimy :

C’est qui les grands producteurs, en termes de pays?

Mélanie :

Ça dépend des espèces de légumes parce qu’il y en a beaucoup que c’est lié au climat, il des endroits où c’est plus facile de faire, mettons. Comme la carotte et les oignons, c’est beaucoup aux États-Unis, dans le centre. Mais, la roquette, c’est beaucoup en Europe et en Europe de l’Est. Moi, ça me va que ça soit produit par climat parce que tu as une meilleure qualité de semence, mais c’est des méga-corporations comme Monsanto qui contrôlent la production de semences. Mais, il y a beaucoup de petites fermes, aussi, qui font des semences locales. Souvent, j’ai des agriculteurs, des maraîchers, qui m’envoient leurs batchs de semences qu’ils ont sélectionnées et je suis tout le temps impressionnée par leur productivité. J’aimerais ça que les maraîchers reprennent la sélection des variétés et la production de semences. Ça va être plus long, mais je pense qu’il y a aussi un mouvement vers ça, de se réapproprier la production de semences, que ça ne soit pas des méga-compagnies, que ça soit les maraîchers biologiques qui fassent la sélection.

Aimy :

Ramener ça à une échelle plus humaine, plus locale?

Mélanie :

Plus locale, oui.

Aimy :

Est-ce que ça tu le vois en termes de spécialisation ou juste que ça ne soit pas des méga-corporations tout le temps?

Mélanie :

Bien, c’est plus, je vois ça comme se réapproprier. La semence, c’est le départ de la production. C’est plus de se réapproprier…

Aimy :

La base…

Mélanie :

La base, oui. C’est sûr que les besoins des maraîchers, ça a besoin d’être productif et d’être efficace, mais il y a vraiment beaucoup de maraîchers qui ont beaucoup cet intérêt de reprendre et de conserver leurs semences, d’êtres plus autonomes. Il y a beaucoup de petites compagnies de semences, en Oregon, parce qu’il y a un bon climat pour ça et qui travaillent avec les maraîchers et qui font vraiment des variétés hyper productives et efficaces.

Aimy :

Tu verrais un potentiel?

Mélanie :

Oui. C’est mon dada, c’est sûr que…

Aimy :

Ton imagination va par là.

Mélanie :

C’est ça.

Aimy :

En termes de technologie et de science qui avancent, quel impact tu penses que ça pourrait avoir sur l’évolution de ta profession?

Mélanie :

Nous, si on parle de scientifique et technique dans agriculture de petite surface, plus manuelle et moins mécanisée, il y a tellement d’innovation. Il y a tellement de désherbeurs à main, des nouveaux concepts plus efficaces par rapport…

Aimy :

Au niveau de l’outillage.

Mélanie :

Au niveau de l’outillage, ça bouge énormément et ça facilite le travail des agriculteurs. Je pense que c’est une raison pour laquelle la culture de petite surface prend de l’ampleur, c’est que c’est vraiment réaliste de le faire. Il y a des outils qui ont été réfléchis, qui fonctionnent bien et qui permettent d’être quand même rapide et de ne pas trop forcer. C’est en constante évolution et il y a des nouvelles compagnies qui sortent. Je pense qu’au point de vue technologique,. Ça bouge beaucoup et ça va continuer à bouger, ça va aider…

Aimy :

À faciliter les tâches.

Mélanie :

Oui.

Aimy :

Qu’est-ce que tu dirais que tu as fait dans ta vie qui t’a rapprochée de cet objectif-là? Tu me disais, j’ai rencontré ma belle-mère et ça m’a donné la piqûre, comment as-tu tenté l’expérience toi-même?

Mélanie :

J’avais jamais jardiné, je suis allée dans un jardin communautaire. J’habitais à Montréal. C’est en travaillant, c’était vraiment du jardinage à la maison et après… Je pense que j’avais vraiment aussi l’intérêt de faire un bac et là, j’ai appris beaucoup. Là, ils ont plus d’espace. Il y avait de plus grands jardins communautaires. Visiter des fermes, aussi, j’ai fait beaucoup de visites de fermes. C’est pas mal ça qui m’a confirmé ce que je voulais faire.

Aimy :

Si je tourne ma question, si mettons tu rencontrais quelqu’un qui disais : Wow! c’est vraiment cool ce que tu fais, j’aimerais ça aussi faire cela dans ma vie, quel conseil tu leur donnerais?

Mélanie :

Comme c’est vraiment un métier pratico-pratique, ce serait d’aller travailler une saison dans une ferme maraîchère. C’est souvent des fermes maraîchères assez bien établies qui engagent et pour eux, c’est normal que ceux qui travaillent, ce soit une transition pour partir une entreprise. Surtout dans le petite surface, c’est beaucoup ça.

Aimy :

Ce n’est pas mal vu?

Mélanie :

Ça ne serait pas mal vu du tout, on s’attend à ça. Ça permet d’apprendre beaucoup. C’est sûr qu’après, si tu vas faire une formation, comme une formation technique au DEC à Victoriaville, c’est vraiment basé sur tu vas partir ton entreprise. Tu apprends autant l’aspect production que l’aspect marketing, que l’aspect de gestion. Ça do0nne souvent accès à des subventions. Quand tu as une formation en agriculture, les portes s’ouvrent pour les subventions. Tu t’aides vraiment si tu fais une formation.

Aimy :

OK. De tester et d’aller étudier dans le domaine.

Mélanie :

Oui.

Aimy :

Qu’est-ce que tu dirais qu’il est important d’avoir comme traits, comme qualités, pour être un bon agriculteur, une bonne agricultrice?

Mélanie :

Il faut être endurant, il faut aimer le travail physique, dans les conditions météo. C’est un travail physique, à la base.

Aimy :

C’est super intéressant ce que tu dis. Il faut être endurant, c’est un travail physique et vous ne la voyez pas, Mélanie, mais Mélanie, c’est une femme qui est en forme, mais ce n’est pas une culturiste là.

Mélanie :

Non, on n’a pas besoin d’être shapé. En fait, la majorité des agriculteurs ne sont pas shapés. Vu que c’est de l’endurance, c’est plus comme un coureur, je pense.

Aimy :

Il y a un morceau de il faut être en forme, il faut être en santé, mais il y a un morceau, vraiment, de résilience. Il y a un côté un peu, pas acharné dans le sens négatif, mais déterminé?

Mélanie :

Il faut être déterminé, il faut être calme, zen. Il faut voir long terme, il ne faut pas être dans le court terme en agriculture. C’est long avant que ça pousse. Quand tu pars ton jardin, quand est-ce que mes carottes vont être prêtes (rire).

Aimy :

D’avoir la patience d’attendre après la carotte.

Mélanie :

Il faut être patient, clairement. Il faut être à l’écoute de la nature. C’est vraiment un retour au rythme de la nature.

Aimy :

Cette patience-là, cette écoute, cette attention-là, tu me parlais de l’aspect physique, en santé. Tu me parlais tantôt de l’aspect business. Ça, est-ce que c’est un intérêt qu’il faut avoir si on veut être agriculteur, tu penses?

Mélanie :

Dans le fond, pour être rentable, il faut bien planifier. Si tu veux réussir, tu n’as pas le choix d’avoir l’esprit entrepreneur. C’est comme pour n’importe quelle entreprise.

Aimy :

C’est un peu la différence entre je veux jardiner dans mon jardin et si je veux faire pousser des trucs pour les vendre, ensuite? C’est un peu ça que tu me dis?

Mélanie :

Oui. Ce n’est plus un hobby, c’est une business et il faut que tu ailles te chercher des outils efficaces. L’agriculture, ça fonctionne beaucoup, aussi, il faut que tu sois ferme sur tes prix. Le profit, c’est important.

Aimy :

Le profit, c’est important. Quand tu dis qu’il faut que tu sois ferme sur tes prix?

Mélanie :

Parce que les gens, ils veulent négocier beaucoup. C’est correct, mais souvent, mettons, il y a quelqu’un qui va t’acheter un 60 lbs de carottes, mais si tu sais que tu vas le vendre en batchs de cinq lbs, il faut que tu refuse parce que tu vas faire vraiment plus d’argent si tu le vends en batchs de cinq lbs. Si tu veux être rentable, il faut que tu ailles au plus offrant, au format le plus offrant, chaque dollar compte, clairement, en agriculture.

Aimy :

Encore une fois, c’est bucolique, c’est bio, c’est beau, mais c’est ton gagne-pain.

Mélanie :

C’est ça.

Aimy :

Mélanie, ça a été super intéressant. Si les gens voulaient en apprendre un peu plus sur ce que tu fais ou sur ta ferme, où est-ce qu’ils pourraient aller trouver de l’information?

Mélanie :

On a un site internet. Notre ferme, c’est jardinsdelagaillarde.ca, mais si vous tapez Jardins de la gaillarde, vous allez tomber dessus.

Aimy :

On va mettre les liens sur notre site. Est-ce que vous êtes sur Facebook?

Mélanie :

Oui, on est sur Facebook.

Aimy :

On ira vous chercher là aussi. Merci Mélanie.

Mélanie :

Ça me fait plaisir, merci beaucoup.

Aimy :

Merci à notre invitée et merci à vous d’avoir écouté cet épisode des Portraits professionnels. Pour plus de détails sur cette profession, visitez notre site internet au www.saltoconseil.com.